Une résolution consacrée à la nouvelle stratégie de la Commission en matière de mobilité (EUROPE 12616/12) est actuellement en préparation au Parlement européen, entre les mains d'Ismail Ertug (S&D, allemand). La première mouture du texte, publiée lundi 22 mars, plaide globalement pour muscler les engagements avancés par la Commission.
Elle invite notamment l’institution à revoir à la hausse son objectif d’une mise en circulation d’au moins 30 millions de véhicules à émissions nulles dans l'UE d'ici 2030. Même chose concernant l’objectif de rendre les déplacements collectifs réguliers de moins de 500 km neutres en carbone d’ici dix ans. Des possibilités devraient également « être offertes pour les trajets jusqu'à 1000 km », requiert l'eurodéputé sur ce dernier point.
Carburants. M. Ertug envisage également de réclamer des mesures contraignantes concernant le déploiement des infrastructures de recharge pour les carburants de substitution. Il souhaiterait même voir la directive sur le sujet transformée en règlement.
La Commission, dans sa stratégie, s’est engagée à présenter cette année une proposition de révision de cette directive adoptée en 2014, dont l’application demeure lacunaire (EUROPE 12674/20).
« Le principal problème reste - et tous les acteurs du secteur automobile nous le disent - qu'il n'y a pas assez d'infrastructures, notamment de points de recharge publics et de stations de ravitaillement en hydrogène », a commenté M. Ertug, jugeant « de la plus haute importance » que ce problème soit abordé dans le cadre de la révision. Une position également défendue par l'Italienne Patrizia Toia, elle aussi membre du S&D, dans le projet d’avis qu’elle a rédigé pour la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE).
Autre initiative réclamée par M. Ertug et soutenue par Mme Toia : la suppression progressive « des subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles d'ici à 2022 dans l'Union et dans chaque État membre ». Un sujet déjà âprement défendu par les socialistes, qui s’étaient alors heurtés au refus net d’autres formations politiques (EUROPE 12663/14).
Travailleurs. Anticipant d’éventuelles conséquences négatives du passage à une mobilité durable pour les voyageurs, le rapporteur réclame en outre une stratégie dédiée. Ou, plus précisément, une « stratégie pour la reconversion et l’amélioration des compétences ainsi que le redéploiement des travailleurs ».
Il demande par ailleurs que le dialogue social soit renforcé afin d'éliminer toute forme d'inégalité de traitement dans le secteur des transports. La Commission, pour sa part, avait notamment évoqué le besoin de rendre la profession plus attractive pour les femmes.
Il y a fort à parier que M. Ertug devra renoncer à certaines de ses revendications lors des négociations à venir entre groupes politiques sur ce texte : beaucoup, au sein de la commission parlementaire des Transports, avaient en effet jugé la stratégie de la Commission déjà trop ambitieuse à bien des égards (EUROPE 12644/12).
Pour consulter le projet de résolution : https://bit.ly/31rr0Ph et le projet d’avis de la commission ITRE (en français) : https://bit.ly/3rvx8QX (Agathe Cherki)