Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) travaille aujourd'hui presqu'exclusivement sur la pandémie de Covid-19. Dans un entretien avec EUROPE, sa directrice, Andrea Ammon, explique que l'état des connaissances actuelles justifie le ton relativement alarmiste de l'agence de l'Union européenne. Elle appelle la population à poursuivre ses efforts, jusqu'à ce qu'une partie suffisante de la population soit vaccinée. (Propos reccueillis par Sophie Petitjean)
Agence Europe - L'ECDC a récemment publié sa 14e évaluation du risque lié à la pandémie de Covid-19, dans laquelle il appelle à ne pas relâcher la pression (EUROPE 12658/14). Est-ce que cette situation de privation de liberté va encore durer longtemps ?
Andrea Ammon - Je pense que, lorsque nous aurons un pourcentage plus élevé de la population vaccinée, nous pourrons bien sûr assouplir les mesures et revenir lentement à une vie plus normale. Mais cela prendra encore du temps jusqu'à ce qu'une partie suffisante de la population soit vaccinée.
C'est pourquoi, pour le moment, nous devons maintenir toutes ces mesures, afin de ne pas surcharger les services de santé.
C'est d'autant plus important avec les nouveaux variants, qui sont plus transmissibles et se propagent plus facilement. D'après les informations communiquées par les États membres, ces variants - en particulier le variant britannique B.1.1.7 qui a été détecté pour la première fois au Royaume-Uni - sont en train de remplacer la souche initiale. Cela signifie que toutes les mesures de distanciation sociale doivent être respectées à un degré élevé pour rendre la propagation du virus plus difficile.
Globalement, l'Europe et donc l'ECDC ont mis du temps à voir le Sars-Cov-2 comme un virus qui ne concernait pas que les Chinois. Aujourd'hui, vous défendez des mesures très fermes, au point où les jeunes sont présentés comme une population sacrifiée. Que répondez-vous ?
C'est un sacrifice pour les jeunes, mais également pour tout le monde, ceux qui doivent rester à la maison, porter un masque, réduire leurs contacts... J'en suis pleinement consciente.
Pour en revenir à la gestion de la pandémie, il ne faut pas oublier que ce que nous savons aujourd'hui, nous ne le savions pas à l'époque. Ainsi, la connaissance de ce que le virus peut faire, à quoi ressemble la maladie, comment le virus se propage est venue étape par étape. Et notre évaluation, bien sûr, s'est adaptée à l'augmentation des connaissances.
Donc, quand on regarde en arrière, on a l'air plus alarmiste qu'au début. Mais au début, nous ne savions pas ce que nous savons maintenant.
Pouvez-vous clarifier votre position sur les masques ? On a l'impression que, d'un côté, vous dites que leur efficacité n'a pas été prouvée et de l'autre, vous en recommandez l'usage (EUROPE 12658/13) ?
Ici aussi, les preuves ont évolué avec le temps.
En avril-mai, déjà, nous avons constaté qu'il y avait des preuves [NDLR : en faveur des masques]. Et maintenant, nous pouvons dire que si vous portez un masque, c'est une mesure supplémentaire pour réduire la transmission.
Ce qui est très clair, c'est que vous ne pouvez pas simplement utiliser un masque comme seule mesure, vous devez toujours garder la distance. Et cela n'a pas changé depuis le printemps de l'année dernière.
Mais il est vrai que les preuves que les masques peuvent contribuer à la réduction de l'infection de la transmission ont évolué.
Quel genre de masque portez-vous, vous ?
Je porte un masque médical chirurgical.
L'Union européenne est très critiquée pour la lenteur des campagnes de vaccination. Comprenez-vous ces critiques ?
Oui, je pense que beaucoup croyaient que, dès qu'un vaccin serait autorisé, il aurait été largement disponible et que chacun aurait pu être immédiatement vacciné.
Or, en réalité, il faut du temps pour que les doses soient produites et déployées. Mais c'est maintenant un processus qui est en marche et les pays ont des plans qui phasent le déploiement des vaccinations, des plus vulnérables à l'intégralité de la population.
Selon votre outil de suivi des vaccinations, près de 25 millions de doses ont été administrées en Europe (EUROPE 12648/1). Est-ce que tous les États membres vous communiquent leurs données ?
Maintenant, nous avons des données pour la plupart des pays. Cela dépend de la qualité des procédures de compte-rendu dans les pays. La plupart des pays communiquent leurs données une fois par semaine, certains deux.
Notre outil de suivi se met à jour chaque matin. Ainsi, si un pays souhaite que ses données soient mises à jour quotidiennement dans l'outil, il peut le faire.