Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a recommandé, dans un document en date du 19 février à destination des ambassadeurs des États membres réunis au sein du Comité politique et de sécurité (Cops) et obtenu par EUROPE, de prolonger le mandat d’EUBAM Libye jusqu’au 30 juin 2023, pour un budget de 67 à 70 millions d’euros. Le mandat actuel prendra fin le 30 juin 2021.
« La prolongation du mandat d'EUBAM pour au moins deux ans constituerait un signal fort de l'engagement de l'UE à contribuer à la paix et à la stabilité en Libye et lui donnerait le temps nécessaire pour se concentrer sur son mandat principal et s'adapter à toute nouvelle tâche qui pourrait lui être confiée », justifie le SEAE.
Le SEAE propose en effet d’amender le mandat de la mission, en lui ajoutant un second objectif stratégique. Ainsi, « dans le cadre de ses principaux domaines d'engagement (application de la loi, gestion des frontières et justice pénale) », la mission « doit contribuer aux efforts menés par les Nations unies pour le processus de paix dans le pays ».
EUBAM Libye gardera également son objectif initial d’aider les autorités libyennes compétentes « à mettre en place les structures de sécurité de l'État en Libye (...) afin de contribuer aux efforts visant à démanteler les réseaux criminels organisés impliqués notamment dans le trafic de migrants, la traite des êtres humains et le terrorisme (dans le pays) et dans la région de la Méditerranée centrale ».
Pour le service diplomatique, EUBAM doit aussi se coordonner avec l’opération maritime Irini et la Cellule de liaison et de planification de l'UE (EULPC) et « rechercher les meilleurs moyens de coopération et de soutien mutuel, ainsi qu'avec les missions et opérations PSDC au Sahel ». Elle doit aussi se coordonner, « dans le même but et selon les besoins », avec d'autres acteurs de l'UE engagés en Libye, y compris les projets financés par l'UE. La mission doit également poursuivre la mise en œuvre des engagements pertinents du Pacte civil pour la PSDC et son dialogue avec les autorités libyennes afin d'obtenir un accord sur le statut de la mission (SOMA).
Selon le SEAE, jusqu'à présent, EUBAM Libye a obtenu des résultats tangibles dans les domaines de la gestion des frontières, du maintien de l'ordre, de la justice pénale, de la coordination stratégique et de la promotion des droits de l'homme et de l'égalité des sexes. Elle a gagné en confiance et en crédibilité auprès de ses principaux interlocuteurs libyens et assuré « avec succès » la coordination avec l'UE, les Nations unies, les États membres, entre autres. Cependant, la mission reste confrontée à des défis dus à des faiblesses institutionnelles qui dépassent sa sphère d'influence.
Les activités nécessitant des actions multiagences et interministérielles ont été sapées par des points de vue incohérents ou divergents du côté libyen. Le soutien de la mission a été limité au gouvernement d’union nationale (GNA), ce qui l’a empêché d'explorer les possibilités de soutenir d'autres acteurs non étatiques libyens concernés, dans les régions non ou peu contrôlées par le GNA, y compris à l’est et dans le sud de la Libye.
Par ailleurs, le Service diplomatique estime que le reploiement complet de la mission à Tripoli, « compte tenu de la situation sécuritaire, sanitaire et politique », devrait être un objectif majeur à court terme, si les conditions le permettent, tout en conservant, dans un premier temps, un bureau auxiliaire à Tunis (Tunisie).
À la suite d’une flambée de violence dans la capitale libyenne en avril 2019, la mission a été déplacée à Tunis, puis, en raison de la pandémie de Covid-19, la majorité du personnel a été relocalisée dans son pays d’origine, où elle télétravaille.
Cependant, « au moment de la rédaction du présent rapport, EUBAM a renforcé la présence de son personnel à Tripoli, y compris le chef de mission par intérim et le personnel opérationnel », précise le document. (Camille-Cerise Gessant)