En lien avec la stratégie industrielle de mars 2020, la Commission européenne a présenté, lundi 22 février, par les voix de sa vice-présidente exécutive, Margrethe Vestager, et son commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, son tout premier plan d’action pour créer des synergies entre les secteurs civil, militaire et spatial.
Comme l'a expliqué Mme Vestager, les objectifs sont de créer de nouvelles synergies entre les programmes et instruments européens afin d’accélérer les débouchés de technologies de rupture, pour faire en sorte que les technologies spatiales et de défense trouvent des applications civiles, et vice-versa. De son côté, le commissaire Breton a mis en avant la nécessité pour l'UE de « rester un organisme de normalisation mondial » tout en réduisant la dépendance à l’égard de technologies critiques.
La Commission veut cartographier les technologies critiques tous les deux ans. Puis, pour chaque technologie critique, elle élaborera une 'feuille de route' spécifique pour accélérer et élargir les débouchés, en lien avec tous les acteurs pertinents (industrie, université, société civile et gouvernement) et en les intégrant dans des projets « tangibles ».
L'UE poussera ces synergies par le biais notamment d’Horizon Europe, du programme Digital Europe (DEP), du Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (CEF), le Fonds de sécurité intérieure, le Fonds européen de défense et le programme spatial.
Ainsi, le plan d’action reste inchangé par rapport à la version provisoire que nous avions obtenue (EUROPE 12658/3, 12659/27) : il déroule 11 actions, dont trois projets phares pour accélérer l’innovation et la « fertilisation croisée » (‘cross-fertilisation’). Ces trois projets phares sont le développement des technologies de drone, un système spatial de communication, et enfin, la gestion du trafic spatial.
Vers un marché des données spatiales de surveillance ?
Quant à la gestion du trafic spatial et à la possibilité de créer un nouveau marché spatial de données de surveillance, le commissaire Breton, répondant à EUROPE, a indiqué qu’il était encore « trop tôt pour le dire », expliquant que, pour l’instant, la Commission était en train de préciser les objectifs spécifiques et les instruments.
Mais, « à partir du moment ou un continent maîtrise ces données, eh bien, ces données auront vocation évidemment à être partagées » pour le lancement et le positionnement satellitaire sur l’ensemble des orbites, un peu comme les données utilisées pour le trafic aérien, a-t-il fait savoir.
Mais d’abord, il faut bâtir l’infrastructure, a-t-il répété. Il y a les instruments au sol pour repérer et faire le suivi des débris et objets en orbite d’une part. « Nous avons un très bon réseau d’observation en Europe, qui n'est pas concentré uniquement sur le continent européen », a-t-il souligné, en référence notamment aux régions ultrapériphériques. « C’est sur ce réseau qu’on va s’appuyer en priorité ».
Une constellation ‘Connectivité’ aux propriétés élargies
Toujours répondant à EUROPE, le commissaire a évoqué la possibilité que le projet de constellation dédiée à la connectivité puisse éventuellement se doter de capteurs pour contribuer à la surveillance de ces objets. « On s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour définir l’ensemble des objectifs de la constellation et on veut l’élargir », c’est-à-dire aller au-delà de la simple proposition de connexion à bande large, comme c’est le cas, par exemple, pour l’Américain Starlink. « Donc, oui, on peut tout à fait imaginer qu’elle puisse avoir un volet ‘Space Traffic Management’ ».
Il a indiqué que la Commission européenne avait dans ce cadre une « très bonne » coopération avec l’Agence spatiale européenne (ESA).
Coopération transatlantique et africaine
Les deux responsables politiques ont par ailleurs insisté sur le volet coopératif avec des pays tiers que sous-tend ce plan d’action. Ainsi, Mme Vestager a mis l’accent durant son intervention sur une approche commune transatlantique pour protéger les technologies critiques. « Le partenariat et la coopération transatlantiques avec d'autres pays partageant les mêmes vues peuvent soutenir les efforts européens dans ce domaine ». De son côté, M. Breton a insisté sur une coopération avec l’Afrique dans le cadre du projet de constellation pour une connexion. Dans son communiqué, la Commission mentionne aussi la région arctique.
Pour consulter le plan d’action : http://bit.ly/3dy9P5K (Pascal Hansens)