Les eurodéputés se sont montrés partagés, mardi 9 février, sur la manière de sanctionner davantage les responsables du coup d’État en Birmanie, notamment à propos de l’idée de suspendre les préférences commerciales accordées via l’initiative ‘Tout sauf les armes’ (EUROPE 12653/18).
Les eurodéputés ont débattu, en présence du Haut Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, de la situation en Birmanie (EUROPE 12650/20). Jeudi, le PE devrait adopter une résolution commune de plusieurs groupes politiques sur le sujet.
Josep Borrell a évoqué « un mouvement de régression historique sans précédent » dans le pays. « Il est crucial d’agir rapidement, avec force et coordination », a-t-il martelé. Il a évoqué trois outils à disposition pour agir : - l’examen des sanctions ciblées supplémentaires visant des entreprises et l’armée ; - le réexamen de l’aide humanitaire ; - les préférences commerciales.
Il a mis en garde contre toute mesure qui porterait préjudice à la population. Le Conseil 'Affaires étrangères' du 22 février examinera ces options. « Il faut nous abstenir de nous précipiter ». Des mesures pourraient en effet avoir des effets négatifs sur les personnes les plus vulnérables, a-t-il indiqué, en citant l’exemple des entreprises du textile.
Daniel Caspary (PPE, allemand) a estimé qu’il fallait « faire attention » à l'adoption de certaines sanctions, dont le fait de revenir sur les accords commerciaux au titre de l’initiative ‘Tout sauf les armes’.
Il faut « réfléchir aux conséquences pour les populations. Des sanctions ont parfois raté leurs buts », a-t-il relevé. Des mesures risquent de profiter à la Chine, a conclu M. Caspary.
Marianne Vind (S&D, danoise) a utilisé tout son temps de parole en respectant une minute de silence, avec une rose à la main, en soutien au peuple birman.
« Le Conseil de l’UE devrait imposer des sanctions ciblées à l’encontre de ceux qui sont responsables de ce coup d’État et à l’encontre de ceux qui ont commis des crimes contre les Rohingyas », a lancé Urmas Paet (Renew Europe, estonien).
Jérôme Rivière (ID, français) a conseillé à l’UE d’utiliser des « mesures concrètes » : la « suspension des préférences commerciales » qui permettent à la Birmanie d’exporter vers l’UE sans droits de douane dans le cadre de l’initiative ‘Tout sauf les armes’.
Heidi Hautala (Verts/ALE, allemande) a condamné l’usage de la force à l’encontre des manifestants, mardi. Elle a demandé le lancement d’une enquête sur les préférences commerciales. « Sont-elles à l’avantage des conglomérats ou de la population ? », s’est-elle interrogée. Il faudrait « sanctionner », si nécessaire, les « conglomérats militaires », selon elle.
L'UE a déjà mis en place un embargo sur les armes et les équipements susceptibles d'être utilisés à des fins de répression interne. 14 officiers de haut rang des Tatmadaw et de la police des frontières sont soumis à des sanctions. (Lionel Changeur, avec Camille-Cerise Gessant)