Humiliation, erreur grossière, piège, échec, voyage mal préparé. C’est par ces mots que plusieurs députés européens ont qualifié le voyage à Moscou, la semaine dernière, du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, lors d’un débat en session plénière, mardi 9 février.
« Vous êtes tombé dans le piège préparé (par la Russie). (…) En entreprenant ce voyage, vous avez renforcé le régime avant l’élection parlementaire et supprimé le tout petit soupçon d’espoir pour l’opposition », a dénoncé la Polonaise Anna Fotyga (CRE), estimant que ce voyage a été « une grossière erreur ». Mme Fotyga fait partie des 81 eurodéputés qui ont appelé à la démission de M. Borrell (http://bit.ly/2Nctqgw ).
Au nom de Renew Europe, Dacian Cioloș (roumain) a également qualifié la visite « d’erreur », estimant qu’elle avait comme conséquence un impact négatif sur la crédibilité de l’UE dans le domaine diplomatique. « Il est important de maintenir les canaux diplomatiques ouverts, mais une visite officielle en Russie dans un contexte aussi tendu a envoyé le mauvais signal diplomatique et c'est un acte symbolique raté qui s'est retourné contre vous », a-t-il lancé à M. Borrell.
Si « Moscou a utilisé de façon abusive cette visite pour humilier et offenser l’UE », la Néerlandaise Kati Piri (S&D) a estimé qu’il ne fallait pas incriminer M. Borrell, se demandant si cela se serait passé si l’UE avait eu une position plus ferme envers la Russie.
À l’inverse, Thierry Mariani (français, ID) a salué ce « déplacement réaliste et nécessaire ».
Nouvel appel à des sanctions
Au-delà des critiques, plusieurs députés ont appelé à des sanctions à l’encontre de la Russie. « Vous avez été humilié. (...) Il faut en tirer des conséquences, arrêter de coopérer à tout prix avec Poutine, il faut réfléchir à des sanctions et arrêter Nord Stream 2 », a résumé Sergey Lagodinsky (Verts/ALE, allemand).
« Les Européens doivent agir ensemble et défendre nos valeurs et nos intérêts. Je demande un message clair d’unité et de détermination du Conseil », a souligné Michael Gahler (PPE, allemand). Il a appelé à l’utilisation du régime de sanctions sur les violations des droits de l’homme contre « chaque procureur qui a ordonné l’emprisonnement des manifestants pacifiques » et à l’encontre de membres du régime ainsi qu'à une vraie action de lutte contre le blanchiment d’urgent russe dans les États membres de l’UE.
Justifiant une nouvelle fois sa visite, M. Borrell a annoncé qu’il présenterait aux États membres « des propositions concrètes », sur la voie à suivre avec la Russie. Le Haut Représentant a estimé que les discussions lors du Conseil des Affaires étrangères du 22 février, puis au Conseil européen des 25 et 26 mars, « fourniront des orientations sur la voie à suivre et il appartiendra aux États membres de décider de la prochaine étape, mais, oui, cela pourrait inclure des sanctions ». « Les efforts d'endiguement devraient inclure la combinaison d'une action vigoureuse contre la désinformation, les cyberattaques et d'autres défis hybrides possibles », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant)