Les ministres européens des Affaires étrangères se retrouveront lundi 25 janvier à Bruxelles pour leur première réunion de l’année, dont l'agenda a été qualifié de « touffu » par un diplomate européen, vendredi 22 janvier.
En effet, les affaires courantes seront l’occasion de faire le point et d’envisager les prochaines actions européennes sur un grand nombre de sujets d’actualité.
« Les ministres vont parcourir le monde en une heure », a résumé une source européenne.
Partage des vaccins anti-Covid-19 avec les pays tiers. Les ministres auront un échange de vues sur la stratégie de l’UE en matière de partage des vaccins contre la Covid-19 avec les pays tiers partenaires à faibles revenus.
Jeudi 21 janvier, les vingt-sept États membres ont confirmé leur volonté de se montrer solidaires. Et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, les a appelés à partager leurs surplus de vaccins en attendant que la facilité COVAX puisse livrer aux pays pauvres de grandes quantités de doses. Cela, par solidarité et par intérêt bien compris (EUROPE 12641/1). Ces doses de vaccins en partage pourraient être acheminées par COVAX.
« Il faut un accès mondial (aux vaccins), car personne ne sera en sécurité si tout le monde ne l’est pas », a réitéré vendredi un haut fonctionnaire européen. « Le but de la discussion est d’avoir une approche commune et de connaître les priorités des ministres », a-t-il ajouté.
Le partage des vaccins avec les pays du voisinage devrait être au cœur de la discussion. « Nous avons intérêt à ce que nos voisins soient aussi en sécurité que possible. C’est la raison pour laquelle le Haut Représentant de l'UE a inscrit ce sujet à l’agenda », a précisé cette source.
Russie. Les ministres discuteront de la situation de l’opposant russe Alexeï Navalny (EUROPE 12638/14).
Jeudi 21 janvier, à l’issue de la visioconférence des dirigeants européens, le président du Conseil européen, Charles Michel, a condamné la détention de M. Navalny dès son retour en Russie, demandant que ses droits soient pleinement respectés. « Nous appelons la Russie à le libérer immédiatement et à assurer sa sécurité », a-t-il souligné.
Une nouvelle fois, M. Michel a appelé Moscou à mener une enquête indépendante et transparente sur l’empoisonnement dont a été victime l'opposant politique et à pleinement coopérer avec l’Organisation internationale pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) pour assurer une enquête internationale impartiale.
Vendredi 22 janvier, M. Michel s’est entretenu par téléphone avec le président russe, Vladimir Poutine, pour lui transmettre les doléances européennes.
Les États membres sont divisés sur la réponse à donner à la détention de M. Navalny. « Il faut regarder la situation et voir comment développer une stratégie pour qu’elle soit la plus efficace possible. Certains disent que la réponse, ce sont des sanctions ; d’autres veulent prendre le temps de l’analyse », a précisé un diplomate.
Les relations avec la Russie seront discutées lors du Conseil européen de mars et plusieurs États membres ne souhaiteraient pas préjuger du résultat de cette discussion.
Turquie. Le Conseil reviendra sur les contacts en cours avec les dirigeants turcs, alors que le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu, était à Bruxelles jeudi 21 et vendredi 22 janvier pour s’entretenir notamment avec le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, Josep Borrell, et les présidents de la Commission et du Conseil européen (EUROPE 12641/17).
« Dans la perspective du Conseil européen de mars (EUROPE 12620/2) et du mandat donné au Haut Représentant Josep Borrell, un point de la situation sera fait sur l’ensemble des dispositions fixées par le Conseil européen », a expliqué un diplomate européen.
Le travail sur l’adoption de sanctions supplémentaires à l’encontre de responsables d’activités de forage illégales en Méditerranée, comme demandé par les dirigeants en décembre, est, lui, toujours en cours au sein du groupe de travail compétent du Conseil de l’UE.
Iran. L’annonce par l'Iran de la reprise d’un enrichissement de l’uranium à 20% sera également abordée, lundi.
Dans une déclaration à vingt-sept publiée le 11 janvier, l’UE avait fait part de ses inquiétudes et appelé Téhéran à respecter pleinement l’accord sur le nucléaire (EUROPE 12634/18), d’autant plus que la nouvelle administration américaine a déjà fait part de son intérêt envers l’accord.
Golfe. Les ministres pourraient aussi revenir sur la situation dans le Golfe, notamment l’amélioration des relations au sein du Conseil de coopération du Golfe (EUROPE 12630/17). Le directeur politique du Service européen pour l’action extérieure se rendra dans la région dans les prochains jours.
Hong Kong. Le Conseil 'Affaires étrangères' se penchera sur la situation à Hong Kong, alors que les arrestations de militants pro-démocratie se poursuivent (EUROPE 12631/8). « Il s’agira de continuer l’évaluation de la situation et de la mise en œuvre (par les États membres et l'UE) des mesures décidées et de continuer le travail sur ces mesures », a détaillé un diplomate européen.
Venezuela. Faisant à nouveau le point sur la crise politique et humanitaire au Venezuela, les ministres adopteront des conclusions dans lesquelles ils ne reconnaîtront pas la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale vénézuélienne contrôlée par le régime Maduro
L'UE devrait désormais considérer l'opposant Juan Guaidó comme « un interlocuteur privilégié », au même titre que d'autres figures de l'opposition (EUROPE 12642/4). L'heure n'est pas à l'adoption de nouvelles sanctions ciblées.
Éthiopie/Corne de l’Afrique. Josep Borrell et les ministres feront le point sur la situation dans la Corne de l’Afrique, une région où la situation est très volatile et qui est menacée de déstabilisation en raison du conflit dans le Tigré en Éthiopie (EUROPE 12638/18) et des tensions à la frontière entre le Soudan et l’Éthiopie.
Les ministres devraient aussi revenir sur la situation très difficile des migrants et réfugiés en Bosnie-Herzégovine (EUROPE 12639/8), sur celle des droits de l’homme en Égypte, à l’occasion des cinq ans du décès de l’étudiant italien Giulio Regeni, torturé et tué en Égypte (EUROPE 11485/23), ou encore sur l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine.
Japon. Les ministres échangeront ensuite, par visioconférence, avec leur homologue japonais, Toshimitsu Motegi. Selon un diplomate européen, cet échange s’inscrit dans le cadre des prochaines perspectives avec le Japon, notamment en vue du sommet bilatéral annuel.
Mais, au-delà des sujets bilatéraux, ces échanges devraient porter sur la coopération internationale ou encore sur les questions de sécurité en Asie. Cette discussion s’inscrit dans la volonté de l’UE de s’intéresser davantage aux questions concernant la zone indo-pacifique et, à l’image des relations avec la Chine, d’avoir un travail structuré sur la région, selon une source.
Diplomatie climatique. Les ministres aborderont également la question de la diplomatie climatique et énergétique en échangeant en particulier sur la promotion de la dimension extérieure du 'Pacte vert européen'. Lors de cet échange, ils devraient adopter des conclusions du Conseil (EUROPE 12642/5).
Royaume-Uni. Enfin, un déjeuner totalement informel permettra d'aborder les relations avec le Royaume-Uni, redevenu désormais un pays tiers, sous l'angle de la politique étrangère et de sécurité commune. Londres a refusé de discuter d’une relation structurée avec l’UE dans ce domaine.
L’objectif du déjeuner, en présence de Michel Barnier, est d'identifier : - les priorités des États membres concernant cette relation avec le Royaume-Uni à construire ; - quels domaines pourraient faire l’objet d’accords de coopération ad hoc et de possibles coopérations dans des forums internationaux. Plusieurs diplomates ont mis en avant la nécessité de préserver l’unité des Vingt-sept à ce sujet. (Camille-Cerise Gessant, Aminata Niang, Mathieu Bion et Damien Genicot)