Rarement, le basculement vers une nouvelle année aura été d’une importance aussi élevée. Entre le 21 décembre 2020, date du feu vert de l’Agence européenne des médicaments, puis de la Commission ‘von der Leyen’, pour lancer les premières vaccinations anti-Covid-19 (EUROPE 12627/3) et le 20 janvier 2021, qui verra la prise de fonction du nouveau Président des États-Unis, l’actualité aura été riche en péripéties politiques.
Depuis le 20 décembre, la situation sanitaire du Royaume-Uni se détériorant gravement, plusieurs États membres avaient fermé les voies de transport. Celles-ci furent réouvertes le 23 sous l’impulsion de la Commission, alors que le désordre était grand dans les ports et sur les routes voisines et que, par ailleurs, l’incertitude perdurait sur la probabilité d’un Brexit ‘dur’ aux premières heures de 2021. Les négociateurs travaillèrent au finish toute la nuit, pour aboutir, le 24 décembre à 14h44, à un accord de commerce et de coopération de 1 246 pages, hors annexes - accord provisoire sous réserve de l’approbation des 27 États membres et des Parlements britannique et européen. Les présidents des principales institutions saluèrent immédiatement l’exploit, qui évitait le pire, mais, au nom du Parlement européen, M. Sassoli exprima le regret que son caractère de dernière minute « ne permette pas un véritable contrôle parlementaire avant la fin de l’année ». La Commission proposa de faire durer la période provisoire jusqu’au 28 février. Dès le jour de Noël, les Ambassadeurs des Vingt-sept auprès de l’UE (Coreper) examinèrent favorablement le document.
La Présidente Ursula von der Leyen avait annoncé que tous les États membres seraient simultanément approvisionnés en doses de vaccin et plaidé pour que la campagne de vaccination commençât durant les journées des 27, 28 et 29 décembre (« V-Days »). Même si certains démarrèrent un peu plus tôt, tous étaient en ordre de bataille dans ces délais. La vitesse des vaccinations s’avère fort variable selon les pays, mais l’opération globale constitue un succès pour la Commission ; elle ouvre à tous les portes de l’éclaircie attendue.
Par ailleurs, la procédure d’adoption de l’accord commercial commença le lundi 28 avec une nouvelle réunion du Coreper, unanime à donner son feu vert. Deux jours plus tard, à Londres, les députés adoptèrent le texte à une très large majorité, incluant des élus de l’opposition travailliste. Le seul véritable bémol du côté britannique vint de la Première ministre écossaise qui ne mâcha pas ses mots : « Il est temps pour l’Écosse de devenir une nation européenne indépendante. Aucun accord ne pourra jamais compenser ce que le Brexit nous enlève ». Les sondages actuels semblent lui donner raison, mais il y a loin de la coupe aux lèvres.
Dans la journée du 31 décembre, in extremis, fut ficelé un accord de principe entre Londres et Madrid pour appliquer la libre circulation entre Gibraltar et l’Espagne. Le même jour, Stanley Johnson, le père de l’autre, annonçait son intention de demander la nationalité française ; cet ancien eurodéputé reste un fervent partisan du ‘Remain’. Boris, triomphant ostensiblement devant la souveraineté retrouvée, au milieu d’une pandémie ravageuse et d’une récession économique patente, aurait-il eu l’obscur besoin de tuer le père ? Aux psychologues de répondre…
Quoi qu’il en soit, cette « trêve des confiseurs » n’aura pas été de tout repos. La Saint-Sylvestre fut une des plus intimistes et sobres de l’histoire ; et pourtant, ce passage à l’an neuf fut imprégné d’un espoir à l’intensité inédite, vécu dans les cœurs, exprimé sur les réseaux sociaux et dans les médias. Des scientifiques acharnés avaient permis aux foules d’imaginer 2021 en bien meilleure « cuvée » que la précédente.
Le vendredi 1er janvier, le Royaume-Uni n’était plus ni dans le marché intérieur ni dans l’union douanière. Les premiers contrôles apparurent dans les ports, les gares, les aérogares, mais, en ce début de week-end, l’activité économique était peu intense, ce qui épargna du temps ; le vrai test aura lieu cette semaine. Le même jour commença la Présidence portugaise du Conseil de l’UE, avec pour devise « Le temps d’agir : pour une reprise juste, verte et numérique ». Son thème central sera le renforcement du modèle social européen (EUROPE 12610/2), auquel sera consacrée une conférence de haut niveau, le 7 mai à Porto. Le nouveau cadre financier pluriannuel de l’UE 2021-2027 est également en vigueur depuis le 1er janvier. Enfin, nous sommes entrés dans l’Année européenne du Rail, suite à une décision tardivement adoptée, le 17 décembre (EUROPE 12625/41).
Le 2 janvier fut publié simultanément dans plusieurs quotidiens un « Appel aux citoyens et dirigeants de l’Union pour un pouvoir démocratique européen », signé par de nombreuses personnalités (anciens chefs d’État ou de gouvernement, eurodéputés, philosophes, artistes, réalisateurs, etc.), qui mérite la lecture (http://www.civico.eu ).
Le 6 janvier prochain, la Commission tiendra sa première réunion de l’année, tandis qu’à Washington, le Congrès sera amené à certifier la victoire électorale de Joe Biden, alors que les partisans de Donald Trump manifesteront dans les parages, à l’appel de leur idole. L’on devrait sans doute connaître le résultat des élections de la veille en Géorgie et donc savoir si le nouveau Président aura une majorité au Sénat.
La première réunion du Conseil de l’UE (ECOFIN) aura lieu le 19 janvier. Quant au Parlement, il se réunira en plénière la semaine du 18 janvier, sauf si une réunion extraordinaire est décidée auparavant pour débattre de l’accord Brexit.
Le vaccin anti-Covid-19 concerne toute l’humanité. Vient ensuite en importance le changement d’administration américaine. Et loin derrière, l’accord commercial UE-UK. Cela n’ôte rien au caractère fascinant de la période rassemblant ces trois éléments.
Renaud Denuit