Au lendemain de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères, leurs homologues de la Défense se réuniront à leur tour, vendredi 20 novembre, pour discuter notamment de la Coopération structurée permanente (CSP ou PESCO, selon son sigle anglais) et des travaux sur la 'boussole stratégique' (strategic compass).
Coopération structurée permanente. Les ministres approuveront l’examen stratégique de la CSP et des conclusions devraient être adoptées en parallèle par procédure écrite.
L’examen souligne les progrès des États participants dans la réalisation des 20 engagements plus contraignants qu'ils ont pris et réaffirme les principaux objectifs politiques de la CSP pour sa deuxième phase (2021-2025).
Sur les 47 projets PESCO lancés, 12 ont déjà abouti à des résultats concrets ou ont atteint leur capacité opérationnelle initiale. 26 projets devraient fournir des résultats concrets ou atteindre la pleine capacité opérationnelle avant la fin de 2025. Par ailleurs, un de ces projets - le Centre de compétence de l'UE pour les missions de formation (EU TMCC) - va être clôturé sur décision des membres du projet, selon un document vu par EUROPE.
Concernant la CSP, « il y a eu beaucoup d’avancées, mais il y a encore beaucoup de choses sur lesquelles progresser », a résumé une source diplomatique. Cette source a notamment cité les besoins de dépenses, surtout avec l’impact de la pandémie, ou la nécessité de renforcer la coopération entre les États membres à travers des projets plus collaboratifs sur les six domaines prioritaires de développement capacitaire identifiés dans le cadre de l'examen annuel coordonné de la Défense (CARD). « Il y a un besoin de renforcer l’engagement sur les opérations pour être capables de se projeter plus loin, plus vite, plus efficacement, avec plus d’ambition », a-t-elle ajouté. Selon une autre source, il faudrait davantage se concentrer sur des projets opérationnels, en particulier sur le déploiement de forces communes sur le terrain.
Boussole stratégique. Tout comme leurs homologues aux Affaires étrangères, les ministres discuteront des travaux en cours sur la 'boussole stratégique' à l'issue de la première étape, qui consistait en une analyse des menaces – qu’elles soient transnationales, régionales ou hybrides notamment - par les services de renseignement des États membres.
Les ministres devraient discuter de la façon de transformer cette analyse des menaces en un document politique, quelque chose de plus opérationnel, selon une source européenne. Une autre source a expliqué que l’objectif final était de définir des orientations sur les politiques qu’il faut renforcer et de développer de nouvelles initiatives pour répondre aux menaces ou aux enjeux nouveaux identifiés.
À partir de début 2021, des discussions thématiques se tiendront à Bruxelles et dans les États membres sur les quatre domaines d’action de la 'boussole' (gestion des crises, résilience, développement des capacités et partenariats) afin de réfléchir sur les moyens d’améliorer la politique de l’UE dans ces domaines. L’objectif est une adoption de la 'boussole' début 2022.
PSDC. Les ministres discuteront aussi de la situation en Libye et feront le point sur la mission EUNAVFOR Med Irini, en particulier dans le cadre du cessez-le-feu signé le 23 octobre. Selon une source européenne, l’UE est prête à offrir davantage concernant la surveillance du cessez-le-feu, si les Nations Unies lui en font la demande.
La situation au Sahel, en particulier au Mali, avec la reprise des missions EUTM Mali et EUCAP Sahel Mali à leur pleine capacité, après le coup d’État d’août, fera aussi l’object d’une discussion, tout comme l'état d'avancement des missions de formation EUTM au Mali, en Somalie et en République centrafricaine.
Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité pourrait aussi faire référence à l'état actuel de la capacité militaire de planification et de conduite (MPCC). Celle-ci manque notamment de personnel (EUROPE 12602/25).
Facilité européenne pour la paix. Un point sera également fait sur les négociations en cours sur la future Facilité européenne pour la Paix, qui permettra à la fois le financement des opérations de PSDC et d’assurer la fourniture d’équipement, y compris létal – armes et munitions -, aux partenaires. « C’est un sujet compliqué et sensible, compte tenu de la position de certains États membres sur ce sujet », a reconnu une source diplomatique.
Agence européenne de Défense. En amont de la réunion virtuelle des ministres, le conseil d’administration de l’Agence européenne de défense se réunira lui aussi virtuellement.
La réunion devrait être l’occasion de présenter les résultats du tout premier examen annuel coordonné de la défense (CARD).
Le rapport met en avant trois domaines dans lesquels une coopération renforcée est un objectif - les dépenses de défense, la planification de défense et la coopération en matière de défense - et identifie les possibilités de coopération pour les programmes communs de développement des capacités et des projets de recherche. Selon une source européenne, il y aurait 100 coopérations concrètes possibles. Elle a ajouté qu’il y avait une vraie reconnaissance du fait qu’il faut concentrer les investissements dans quelques domaines prioritaires, y compris l’espace, la mobilité militaire accrue ou les chars de combat (main battle tanks).
Les ministres devraient également approuver le budget général de l'Agence pour 2021, tout comme son cadre de planification triennal 2021-2023. (Camille-Cerise Gessant)