Réunis mardi 20 octobre à Bonn, à l’occasion d’une conférence consacrée à l'Espace européen de la recherche (EER) organisée dans le cadre de la Présidence allemande du Conseil de l’UE, les ministres européens compétents ont soutenu la déclaration de Bonn sur la liberté de la recherche scientifique.
Un principe défini dès les premières lignes de cette déclaration comme « le droit de définir des questions de recherche de manière indépendante et libre, de sélectionner et de développer des théories, de compiler des données empiriques et d'appliquer des méthodes de recherche académique solides afin de remettre en question les connaissances acceptées et de développer de nouvelles idées […] ».
Anja Karliczek, la ministre allemande de l’Éducation et de la Recherche, à l’initiative de cette déclaration, a insisté sur la nécessité d’un engagement renouvelé des gouvernements européens en faveur de la liberté et de la protection de la science et de la recherche – celle-ci ne pouvant « être considérée comme acquise ».
Mme Karliczek a notamment fait allusion aux tentatives de restriction de la liberté de la recherche scientifique opérées sous couvert de promouvoir des intérêts nationaux, aux pressions exercées sur la communauté des chercheurs et des scientifiques ou encore à la diffusion croissante de fausses nouvelles. Autant de menaces pesant, selon elle, sur la liberté de la recherche dans l’UE et dans le monde.
« Rappelons-nous que les chercheurs et les institutions académiques continuent à être sous la pression des gouvernements, même dans certains États membres de l'UE. Dans d'autres pays, des universitaires ont été licenciés massivement de leurs universités en raison de leurs opinions », a souligné Marc Schiltz, le président de l’organisation Science Europe, saluant l’adoption de cette déclaration.
Le texte, s'il affiche la volonté des ministres d'œuvrer à la protection de la liberté des chercheurs, n'acte toutefois aucune mesure spécifique.
Système de surveillance. Il se contente de réaffirmer de grands principes tels que le droit des chercheurs de s'exprimer, l'importance de lutter contre la censure et la discrimination de la part des gouvernements et institutions, les responsabilités des organisations scientifiques ou encore l'importance de la liberté de recherche pour la coopération internationale en matière de science et de technologie.
La déclaration propose en outre l'adoption d'une approche similaire aux processus internationaux de surveillance de la liberté de la presse, « un outil de surveillance régulière à l'échelle européenne qui montre et donne des indications sur le statut de la liberté de la science et de la recherche dans les États membres », selon la ministre.
Était ainsi invitée à s'exprimer lors de cette conférence ministérielle Katrin Kinzelbach, qui enseigne à l'Université Friedrich-Alexander d'Erlangen-Nuremberg, à l'origine, avec des partenaires internationaux, d'un indice de liberté académique.
Cette dernière a elle aussi poussé les dirigeants européens à s'unir pour protéger la liberté de la recherche contre toute atteinte.
Délégation hongroise. La déclaration, signée par Anja Karliczek ce mardi après-midi, a été soutenue par les ministres lors de leurs discussions. La ministre a indiqué supposer que « la grande majorité des États membres » signerait donc ce texte « dans les prochains jours et semaines ».
Interrogée sur la position de la délégation hongroise sur le sujet – à l’aune de la récente décision de la Cour de Justice de l’UE condamnant les restrictions imposées par Budapest aux universités étrangères en Hongrie (EUROPE 12575/14) – la ministre a répété que toutes les délégations avaient bien « exprimé leur soutien et leur souhait de participer à la déclaration ». (Agathe Cherki)