La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a indiqué, vendredi 16 octobre, que l’Union européenne continuerait à travailler pour trouver un accord post-Brexit avec le Royaume-Uni et que l’équipe de négociation de Michel Barnier, « comme prévu, ira à Londres la semaine prochaine pour intensifier les négociations ».
Elle a toutefois été démentie dans la soirée par le négociateur britannique. David Frost a en effet dit à Michel Barnier, au téléphone, qu'il n'y avait « pas de base pour de nouvelles négociations », jetant ainsi le doute sur cette session de pourparlers.
Plus tôt, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, avait estimé que le Royaume-Uni doit désormais se préparer à une absence d'accord sur la future relation bilatérale, puisque les Européens lui refusent ce qu'il demande : une relation similaire à celle que l'UE et le Canada entretiennent.
M. Johnson avait jugé que le résultat des discussions des dirigeants européens, la veille, n'était « pas particulièrement encourageant ». Ceux-ci ont demandé à Londres de faire les pas décisifs pour parvenir à un accord sur la relation bilatérale future, martelant que l’UE n’est pas prête à « un accord à tout prix » (EUROPE 12582/1). « Il ne semble pas y avoir eu beaucoup de progrès », a dit M. Johnson, estimant que les Européens n’ont pas vraiment « négocié sérieusement ces derniers mois ».
Le dirigeant britannique avait cependant estimé que M. Barnier et son équipe pouvaient venir à Londres, à condition d'opérer « un changement fondamental d’approche ». Un porte-parole de M. Johnson avait signalé que « les discussions (étaient) finies » et qu’il faudrait donc un vrai changement pour que ces échanges reprennent.
Ajoutant à la confusion, David Frost et Michel Barnier, eux, ont conclu qu'ils reparleraient au téléphone lundi, selon 10 Downing Street.
Les Vingt-sept n'ont pas semblé particulièrement tourmentés à l'issue du Sommet européen. « Je le répète : nous voulons un accord, mais pas à n’importe quel prix », a indiqué Charles Michel, président du Conseil européen.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a répété pour sa part que tous les pays veulent négocier. « Je pense qu’il serait dans l’intérêt des deux parties de trouver un accord, néanmoins, nous devons être prêts à toutes les alternatives », a-t-elle ajouté.
Le président français, Emmanuel Macron, a longuement évoqué le cas des pêcheurs de l'UE qui ne seront pas « sacrifiés » pour obtenir un accord.
« Nous ne sommes pas en train d’achopper sur la pêche, mais nous achoppons sur tout », a-t-il ajouté. Évoquant comme principal problème les conditions de concurrence équitable, il a jugé que la pêche est « utilisée tactiquement par les Britanniques ».
À côté de cela, « nous allons mettre les discussions sur l’énergie », a dit M. Macron, car la valeur économique de l'accès des Britanniques au marché intérieur se situe entre « 700 millions d’euros et 2,5 milliards », alors que l'accès des pêcheurs de l'UE aux eaux britanniques représente un marché d'environ « 750 millions d’euros ».
Le président français a concédé que l’accès aux eaux britanniques ne serait plus le même après la fin de la période transitoire post-Brexit, mais il a plaidé pour un accès équitable à ces eaux qui ne soit pas renégocié chaque année. « On ne va pas non plus renégocier chaque année l’accès britannique au marché intérieur ! », a-t-il fait valoir, refusant que les pêcheurs et les traders soient traités différemment.
De son côté, le Taoiseach Micheál Martin a montré un peu d’optimisme en quittant le sommet, estimant que l'exposé de la situation par Michel Barnier démontre qu’un accord est possible. Certes, il y a des divergences entre les deux parties, mais « je pense que les négociations vont continuer la semaine prochaine et qu'elles devraient s’intensifier des deux côtés », a dit le Premier ministre irlandais, ajoutant qu’il faudra faire des « concessions ».
C'est aussi l'avis d'Angela Merkel, qui estime que « si on veut avoir un accord, les deux côtés doivent être prêts à bouger ».
Voir les conclusions du Conseil européen : https://bit.ly/353aPsK (Solenn Paulic avec Marion Fontana et Pascal Hansens)