Le président du Conseil européen, Charles Michel, a considéré, lundi 28 septembre, lors d'un événement du groupe de réflexion Bruegel, que l’autonomie stratégique européenne doit se construire sur trois piliers : - garantir la stabilité environnementale, sociale et économique ; - diffuser les normes européennes à l’international ; - et promouvoir les valeurs européennes.
« On se souvient de la formule de Paul-Henri Spaak : 'Il n'y a que deux types d'États en Europe : les petits… et ceux qui ne savent pas encore qu'ils le sont'. Cela m'inspire une autre formule : l'Europe est grande, mais elle ne le sait pas encore », a déclaré M. Michel, regrettant cette « fâcheuse » habitude de l’Union à « s’autoflageller ».
Ainsi, pour lui, face à un « arc d'instabilité » (allant de la Russie aux États-Unis en passant par la Chine, le Moyen-Orient, ou encore le Royaume-Uni), l’Union européenne doit prendre confiance en elle et affirmer son autonomie en garantissant en premier lieu la stabilité environnementale, économique et sociale.
L'Union doit garantir un environnement stable pour les investissements à la fois au sein du marché unique, mais aussi avec le « reste du monde ». À la condition, toutefois, que les conditions équitables de marché et de réciprocité soient garanties. « L’accès à notre grand marché ne peut être bradé » que l'on quitte l'Union ou qu'on s'en rapproche, a souligné M. Michel.
Pour le président du Conseil européen, la sécurité économique de l'Union passe par l’approvisionnement en ressources critiques, par l'essor des activités économiques « critiques » comme les microprocesseurs. Et la stabilité passera également par la politique migratoire. Une question qui va « beaucoup nous occuper », a-t-il dit, en référence au Pacte 'Asile et Migration' récemment présenté par la Commission européenne (EUROPE 12566/1).
Autre axe de travail, selon le président : la diffusion des normes européennes dans le monde, que ce soit les normes de sécurité des produits (les jouets, par exemple), dans le monde numérique (avec le Règlement général sur la protection des données), ou encore - et surtout - dans la lutte contre le changement climatique.
« Le climat est le nouveau champ stratégique où l'Europe peut gagner la bataille des normes », a considéré M. Michel.
Enfin, plus que les normes, le président considère que l’Union doit promouvoir ses valeurs pour « pour rendre le monde plus pacifique, plus humain, et plus équitable ». Et de défendre dans ce cadre des règles commerciales plus « équitables » et une fiscalité plus juste.
Ainsi, M. Michel a pris la défense de la diplomatie européenne existante, estimant que l’unanimité était un mal nécessaire pour « souder les États membres les uns aux autres ».
Ce discours entre en résonnance avec l'actualité immédiate. Ce jeudi, les chefs d'État ou de gouvernement se retrouveront pour déterminer leur position face aux événements qui ont cours en Biélorussie et à la politique turque agressive en Méditerranée (EUROPE 12554/16 et EUROPE 12567/15). (Pascal Hansens)