La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a dépeint, lundi 28 septembre, une situation économique incertaine dans la zone euro, toujours en proie à une pandémie dont l'ampleur de l'impact socioéconomique reste inconnue.
Devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Mme Lagarde a préconisé, face à cette situation, le maintien d'une politique monétaire très accommodante, caractérisée par : - l'octroi, via l'opération TLTRO III, de liquidités très bon marché au secteur financier, qui raffole des taux négatifs pratiqués au guichet de la BCE ; - l'opération PEPP de rachat massif de titres, notamment publics, dotée de 1 300 milliards d'euros, qui porte « la flexibilité » dans son ADN. Cette politique a évité la fragmentation du secteur financier, a des effets dans l'ensemble des segments de l'économie et lutte efficacement contre la désinflation, a-t-elle assuré.
La hausse des prix en zone euro reste toutefois très faible (-0,2% en août) et devrait le rester plusieurs mois pour remonter à 1,0% en 2021, selon les prévisions de l'institut monétaire de Francfort.
À Sven Simon (PPE, allemand), qui l'interrogeait sur les effets collatéraux de la politique monétaire, Mme Lagarde a estimé que le solde net des actions menées était largement positif, de tels effets collatéraux sur les marchés immobiliers et sur le maintien sous respiration artificielle d'entreprises-zombies n'étant pas observé à ce stade.
Inversement, Jonás Fernández (S&D, espagnol) lui a demandé pourquoi la BCE ne prenait pas de nouvelles mesures accommodantes pour aider davantage les pays de la zone euro à affronter la crise. La présidente de la BCE a rappelé que l'institut monétaire était prêt à réévaluer et « recalibrer » à tout moment sa politique en fonction des circonstances afin de respecter son mandat premier d'une inflation proche, mais inférieure à 2%, tout en gardant à l'esprit l'impératif de proportionnalité des mesures adoptées.
En réponse à une question de Luis Garicano (Renew Europe, espagnol), l'ancienne directrice du FMI a dit qu'elle n'était « pas très préoccupée » par le fait que les gouverneurs des banques centrales nationales aient « des opinions légèrement différentes » sur l'ampleur des mesures accommodantes ou le calendrier de leur levée. L'important est de garder le cap avec discipline une fois qu'une décision a été prise, a-t-elle ajouté, se définissant comme « une créatrice de consensus ».
Au nom du groupe Verts/ALE, le Néerlandais Bas Eickhout a demandé à Mme Lagarde si les opérations TLTRO pouvaient contribuer davantage à l'objectif de neutralité climatique que l'UE s'est fixé à l'horizon 2050 en appliquant la taxonomie européenne sur la finance durable (EUROPE 12538/18). Oui, nous sommes prêts à étudier toute proposition dans le cadre de la révision de la politique monétaire, a répondu cette dernière.
Enfin, sur le front de la transparence, la BCE publiera désormais les avis de son comité d'éthique interne sur les cas de conflits d'intérêts pouvant émaner d'emplois rémunérés que pourraient occuper d'anciens membres du Conseil des gouverneurs, du directoire et du Comité de supervision. (Mathieu Bion)