Une situation « inquiétante », l'heure de la « dernière chance » : c'est en ces termes que la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a présenté la dernière étude de risques sur la Covid-19, publiée jeudi 24 septembre par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Un ton plus dur que par le passé, que la commissaire justifie par la recrudescence des cas dans la majorité des États membres.
Ce rapport attire tout particulièrement l'attention sur le groupe de pays présentant une « tendance inquiétante », à savoir la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, Malte, la Roumanie et l'Espagne. Ce groupe, qui tend à être rejoint par d'autres pays, affiche « une proportion plus élevée de cas graves ou d'hospitalisations », avec une hausse de la mortalité « déjà observée » ou « qui pourrait l'être bientôt ».
ECDC : analyse de risques et lignes directrices
Il s'agit de la douzième analyse de risques réalisée par l'agence de l'UE depuis le début de la maladie qui, jusqu'ici, a causé 3 millions d'infections et 187 500 décès dans l'UE/espace économique européen et le Royaume-Uni.
Il note que l'immunité de la population est inférieure à 15% en moyenne et continue de recommander une période de quarantaine de 14 jours pour les personnes ayant été en contact avec un cas positif (pouvant être réduite à 10 jours après un test PCR négatif).
Il met aussi l'emphase sur les jeunes. « Une large part des contaminations est à observer parmi les 15-49 ans qui, c'est vrai, présentent une probabilité plus faible de souffrir d'une forme grave de la maladie, mais n'en sont pas épargnés. Parmi les cas sévères, 44% concernent cette tranche de la population », a commenté la directrice générale de l'ECDC, Andrea Ammon, devant la presse.
Parallèlement à cette analyse de risques, l'ECDC a adressé aux autorités de santé publique des lignes directrices pour l'utilisation de mesures non pharmaceutiques, dans lesquelles on peut lire qu'il n'existe toujours aucune certitude sur le fait que les masques confèrent une protection clinique.
Une occasion de tirer la sonnette d'alarme
Pour la première fois, la Commission a choisi d'organiser une conférence de presse pour accompagner la publication de cette nouvelle analyse de risques. Objectif : mettre la pression sur les États membres qui ne semblent pas prendre la mesure des enjeux.
« La levée attendue et, je dois bien dire nécessaire, des mesures de restriction a mené à ce contre quoi nous avions mis en garde : une augmentation des cas. Dans certains États membres, la situation est même pire que celle du pic de mars et c'est une vraie cause d'inquiétude », a déclaré la commissaire Kyriakides, ajoutant que les mesures de contrôle n'ont pas été suffisamment efficaces, n'ont pas été mises en place ou n'ont pas été suivies comme elles auraient dû l'être.
La commissaire a adressé 2 demandes spécifiques aux États membres : d'une part, adopter au plus vite la recommandation du Conseil sur la libre circulation (EUROPE 12553/1), de l'autre, faire usage des outils mis en place par l'Europe. Elle a ici fait référence aux achats en commun de matériel, qui ne sont pas exploités à leur plein potentiel (20 États membres seulement participent, par exemple, à celui sur le matériel de laboratoire) (EUROPE 12493/9).
État des lieux sur les vaccins
Soucieuse de trouver un meilleur équilibre entre, d'une part, la transparence exigée par la société civile et, d'autre part, la confidentialité exigée par l'industrie pharmaceutique, la Commission a publié un 'questions-réponses' sur les négociations en cours pour réserver préalablement des vaccins pour les États membres (EUROPE 12565/7).
Selon l'agence de presse Reuters, elle serait près de conclure des discussions exploratoires avec la société Novavax pour « au moins 100 millions de doses ».
À ce stade, deux contrats ont été signés : avec AstraZeneca et Sanofi-GSK. Et des contacts exploratoires ont été finalisés avec Johnson & Johnson, CureVac, Moderna et BioNTech. Voir l'analyse de risques : https://bit.ly/3kKm4MV et les lignes directrices : https://bit.ly/2HtZyJS (Sophie Petitjean)