L'action humanitaire anticipée et la protection du droit humanitaire et de l'espace humanitaire sont les deux grandes priorités de la Présidence allemande du Conseil dans le domaine de l'aide humanitaire, a souligné le ministre allemand Niels Annen devant la commission du développement du Parlement européen, jeudi 3 septembre.
Le ministre a cité les crises humanitaires oubliées et le financement de l'aide humanitaire internationale comme deux autres sujets importants. Son engagement a été salué par les députés.
L'action humanitaire anticipée. Des activités prédéterminées et préfinancées qui, sur la base de données fiables, permettent d'agir rapidement avant les crises et l'adaptation de l'action humanitaire au changement climatique sont, selon lui, une nécessité pour sauver davantage de vies, tenir compte des contraintes budgétaires et atténuer l’impact des catastrophes, y compris les pandémies.
Trop souvent, nous nous laissons surprendre par des urgences qui auraient pu être prévues « si nous avions tiré parti des données disponibles en matière de risques de catastrophes » comme les ouragans, par exemple, qui détruisent les moyens de subsistance.
« L'Allemagne plaide pour un passage à un système humanitaire orienté vers l'avenir. La technologie a évolué, de même que notre capacité à prévoir les catastrophes », a-t-il déclaré.
La Présidence organisera, en coopération avec le Comité international de la Croix-Rouge, un débat pour permettre à l'UE d'adopter une position ferme sur la sauvegarde des principes humanitaires tout en contribuant aux efforts mondiaux de lutte contre la pandémie de Covid-19.
Principes du droit humanitaire international et protection de l'espace humanitaire. L’Allemagne s’est donné comme mission d'appuyer et renforcer les normes et les règles qui protègent les plus faibles. Le ministre a évoqué le nombre croissant d'attaques contre les travailleurs humanitaires, les obstacles à la fourniture de l'aide humanitaire découlant d'un respect excessif de régimes antiterroristes et de sanctions complexes. « Même les régimes de lutte contre les maladies peuvent s'ajouter à ces obstacles », a estimé le ministre.
Évoquant l'appel à l’action humanitaire lancé l'an dernier par l'Allemagne et la France - appel déjà adopté par 45 membres de l'ONU, dont 21 pays de l'UE - il a appelé tous les États membres et l'UE à l'adopter.
L'Allemagne est également partisane d'exemptions humanitaires équilibrées dans les régimes internationaux de sanctions et dans les règles antiterroristes et œuvre, aux côtés de la Commission, à améliorer les orientations sur les sanctions de l'UE pour réduire les effets indésirables, a-t-il indiqué.
Crises humanitaires oubliées. Conscient que la pandémie de Covid-19 fait passer au second plan des crises humanitaires persistantes qui ne font pas la une de l'actualité, il a insisté sur l'importance de sensibiliser l'opinion publique et de prendre des décisions fondées sur les besoins.
Tendre la main aux nouveaux donateurs. Pour combler le déficit de financement de l'aide humanitaire internationale que la pandémie a encore creusé, alors que les besoins augmentent à un rythme très rapide, M. Annen a plaidé pour élargir la base des donateurs et intégrer davantage de donateurs non conventionnels ainsi que de nouveaux donateurs au sein du système coordonné par les Nations Unies. Et de citer les pays du Golfe et la Chine.
Vers un dialogue UE/Chine. L'Allemagne compte utiliser son mandat à la Présidence du Conseil pour « tendre la main aux donateurs non conventionnels et faire de l'aide humanitaire une partie intégrante du dialogue avec les pays du Golfe ». Elle est aussi prête à « lancer un dialogue UE/Chine sur l'humanitaire ».
Au cours du débat, le ministre a assuré aux députés que « la réponse à l'impact de la pandémie de Covid-19 sur les besoins humanitaires fera l'objet d'une attention prioritaire dans l'agenda de la Présidence et influencera directement les méthodes de travail du COHAFA (groupe de travail du Conseil sur l'aide humanitaire et alimentaire) pendant de nombreux mois ».
Eu égard à l’ampleur des besoins humanitaires, les députés ont fustigé l'insuffisance des ressources prévues pour l'aide humanitaire dans le projet de cadre financier pluriannuel 2021-2027 et ont appelé M. Annen à faire son possible pour qu'il y soit remédié. (Aminata Niang)