Dans la soirée du 3 septembre, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a menacé la Russie de sanctions, en représailles à l’empoisonnement de l’opposant politique Alexeï Navalny.
Condamnant « la tentative d’assassinat » de M. Navalny avec la plus grande fermeté, le Haut Représentant a, dans une déclaration au nom de l’UE, appelé à une « réponse internationale commune ». « L’UE se réserve le droit de prendre des mesures appropriées, y compris des mesures restrictives », a-t-il ajouté, prévenant que l’Union continuerait de suivre la situation de près et à en examiner les implications.
« L'utilisation d'armes chimiques est totalement inacceptable, quelles que soient les circonstances, et constitue une grave violation du droit international et des normes internationales en matière de droits de l'homme », a souligné M. Borrell, rappelant que M. Navalny avait été empoisonné par un agent chimique neurotoxique militaire du groupe ‘Novichok’, similaire à celui utilisé dans la tentative d'assassinat de Sergueï et Ioulia Skripal à Salisbury en mars 2018 (EUROPE 12176/5).
« Cette nouvelle tentative d'assassinat d'un citoyen russe a eu lieu sur le territoire de la Fédération de Russie. Le gouvernement russe doit faire tout son possible pour mener une enquête approfondie sur ce crime, en toute transparence, et traduire les responsables en justice », a estimé M. Borrell. Et de prévenir que l’impunité ne devait pas être et ne serait pas tolérée. L'UE a également invité la Russie à coopérer pleinement avec l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) afin de garantir une enquête internationale impartiale.
125 eurodéputés appellent l’UE à travailler à l'enquête internationale
Dans une lettre en date du 4 septembre, obtenue par EUROPE, 125 députés européens, de tous les groupes politiques, ont appelé les autorités russes à ce qu'une « enquête complète et transparente soit menée sur cette affaire afin de tenir les auteurs pour responsables ». Mais, soulignant leur extrême scepticisme quant à la capacité et à la volonté des autorités russes d'enquêter sur le véritable contexte de ce « crime », les députés ont demandé au Haut Représentant et à la Présidence allemande du Conseil de l’UE de travailler à une enquête internationale au sein des structures des Nations Unies et du Conseil de l'Europe, avec le soutien éventuel de l'OIAC. Ils ont également réaffirmé la nécessité d’établir rapidement, au niveau européen, le mécanisme de sanctions en cas de violation des droits de l’homme. (Voir la lettre : https://bit.ly/356sBNa )
Condamnation de l’Alliance
Le même jour, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a appelé le gouvernement russe à coopérer pleinement avec l'OIAC sur une enquête « internationale et impartiale ». « La Russie doit maintenant répondre à de sérieuses questions », a-t-il souligné à l’issue d’un Conseil de l’Atlantique Nord sur le sujet.
Lors de ce Conseil, les Alliés ont condamné l’attaque. « Toute utilisation d'armes chimiques témoigne d'un manque total de respect pour les vies humaines et constitue une violation inacceptable des normes et règles internationales », a souligné M. Stoltenberg. Il a expliqué que cette grave violation du droit international exigeait une « réponse internationale », mais n'a pas voulu spéculer sur la teneur de cette réponse. Les Alliés se consultent et consultent d'autres organisations, a-t-il ajouté.
Pour le secrétaire général, il ne s'agit pas d’une attaque contre un individu, mais contre les « droits démocratiques fondamentaux ». (Camille-Cerise Gessant)