Alors que la Commission européenne a dévoilé, mercredi 8 juillet, sa stratégie en matière d’hydrogène, les ONG environnementales et le groupe des Verts/ALE au Parlement européen ont émis de sérieuses réserves, critiquant en particulier le rôle de transition que la Commission prévoit pour l’hydrogène produit à partir de sources fossiles avec capture du carbone, aussi appelé ‘hydrogène à faible teneur en carbone’ ou ‘hydrogène bleu’.
« La stratégie pour l’hydrogène aurait dû être une stratégie pour l’hydrogène 100% vert ! », a ainsi réagi l’eurodéputé Damien Carême (Verts/ALE, français).
Pour l’ONG Friends of the Earth Europe, « la Commission est tombée dans le panneau de l’industrie des combustibles fossiles en ce qui concerne l’hydrogène », tandis que le Bureau européen de l’environnement (BEE) a qualifié la stratégie de « cadeau aux entreprises de combustibles fossiles ».
Les environnementalistes craignent notamment qu’en soutenant des investissements dans l’hydrogène bleu, la stratégie ne conduise à la création d’actifs gaziers immobilisés, liant ainsi l’Union européenne à la combustion de gaz fossiles pendant des générations.
À cet égard, Esther Bollendorff, coordinatrice de la politique gazière de l’UE au sein de l’ONG CAN Europe a déploré le fait que la stratégie n’indique pas de date pour l’élimination progressive des gaz fossiles.
Investir dans l’hydrogène d’origine fossile risque en outre « de rendre l’hydrogène réellement propre et sans fossile non compétitif pour le marché de l’UE », a estimé le BEE.
Selon tous ces acteurs, plutôt que de prévoir un rôle de transition pour l’hydrogène bleu, la Commission aurait dû davantage concentrer sa stratégie (EUROPE 12523/1) sur le déploiement massif des énergies renouvelables, afin de produire de l’hydrogène renouvelable, aussi appelé ‘hydrogène vert’, par électrolyse de l’eau.
« Il faut investir massivement dans les renouvelables plutôt que de soutenir l’hydrogène 'bleu' […] ou encore les technologies coûteuses de capture et de stockage du carbone [CCS] », a ainsi déclaré M. Carême.
Tout en regrettant que l’efficacité et la sobriété énergétiques ne soient pas au cœur de cette nouvelle stratégie, le député a critiqué le fait que la stratégie n’exclut pas non plus l’hydrogène produit à partir d’électricité provenant du nucléaire.
Dans une déclaration à contre-courant, l’eurodéputée Agnès Evren (PPE, française) s’est en revanche inquiétée que la stratégie n’identifie pas clairement le nucléaire comme une source d’énergie non carbonée capable de produire l’électricité nécessaire à l’électrolyse de l’eau à bas coût.
L’industrie globalement satisfaite.
Du côté de l’industrie, la stratégie sur l’hydrogène a été globalement saluée.
Pour Hydrogen Europe, une organisation représentant le secteur de l’hydrogène européen, la présentation de la stratégie constitue « une journée historique pour le secteur de l’hydrogène et le début d’une nouvelle ère industrielle ».
L’organisation s’est notamment félicitée du lancement de l’Alliance européenne pour l’hydrogène propre (EUROPE 12524/5).
« Produire de l’hydrogène à partir du gaz naturel et favoriser l’adoption de l’hydrogène provenant d’électricité renouvelable permettra à l’Europe d’occuper une position de leader dans le développement de technologies propres […] et de créer des emplois de qualité », a pour sa part estimé Eurogas, une organisation regroupant des acteurs du secteur gazier européen.
Représentant une partie de l’industrie européenne des énergies renouvelables, les organisations WindEurope et SolarPower Europe ont également salué la stratégie, en particulier le rôle clé accordé à l’hydrogène renouvelable.
Elles ont néanmoins appelé la Commission à donner réellement la priorité à l’hydrogène vert en mettant en place une politique adéquate en matière d’énergies renouvelables.
« L’hydrogène renouvelable n’existera pas sans les énergies renouvelables », a ainsi prévenu Giles Dickson, PDG de WindEurope.
Selon lui, il faut en outre que l’origine de l’hydrogène produit dans l’UE puisse être retracée, « en apposant des étiquettes claires sur toutes les formes d’hydrogène », faisant ainsi référence à la proposition d’introduire une terminologie complète et des critères pour la certification de l’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone.
WindEurope soutient en outre l’idée de contrats de différence liés au carbone (‘Carbon Contracts for Difference’) qui pourraient permettre, selon M. Dickson, d’encourager l’achat d’hydrogène renouvelable. (Damien Genicot)