Le secteur bancaire de l'UE est entré dans la crise économique post-pandémie de Covid-19 mieux capitalisé que lors de la crise financière de 2008. Toutefois, la persistance de la crise en 2021 affecterait profondément la solvabilité des banques et le cadre prudentiel bancaire en place au niveau européen pourrait ne pas suffire. Telles sont les principales conclusions d'une étude publiée mardi 16 juin par le réseau EconPol Europe, composé d'instituts de recherche en politique économique.
Les banques européennes pourraient encaisser le choc, si se réalise le scénario - « très (trop) optimiste », selon les auteurs de l'étude - d'une récession économique en 'V', marquée par une forte chute du PIB en 2020 et un rebond en 2021, comme le prévoit le FMI. « Cependant, si la crise devait continuer au-delà de 2020, il est très probable que de grandes banques européennes seraient affectées par la crise et que le cadre réglementaire actuel en matière de résolution bancaire s'avèrerait alors insuffisant », ajoutent-ils.
D'après leur calcul, sachant que les encours bancaires totaux s'élèvent à 34 000 milliards d'euros au total et que les réserves en capital avoisinent 2 500 milliards d'euros, les banques épuiseraient l'ensemble de leurs fonds propres si « 21% » des prêts octroyés à l'économie devenaient non performants, sans tenir compte de la dépréciation des titres boursiers détenus dans les portefeuilles d'investissements.
Les chercheurs pointent le fait que la crise actuelle ressemble davantage à la Grande Dépression de 1929, où tous les secteurs de la vie économique sont touchés, qu'à la Grande Récession observée après 2008. Or, les règles prudentielles européennes ont été renforcées pour que les banques soient en mesure d'absorber un choc financier similaire à celui de 2008.
Bénéficiant d'allégements réglementaires (EUROPE 12501/1), les banques sont incitées à maintenir le soutien à l'économie via des mesures comme le rééchelonnement de dette, des moratoires sur le remboursement d'emprunts, des aides à la liquidité, l'octroi de prêts à taux nuls ou négatifs. « Si le soutien offert par les banques (...) devait durer longtemps, les réserves en capital seraient épuisées et le mécanisme de résolution au sein de l'union bancaire pourrait s'avérer insuffisant pour fournir une ligne de vie ».
De l'avis des chercheurs, en cas de défaillance bancaire, le Fonds de résolution unique (SRF), le bras financier du volet 'résolution' dans l'union bancaire, pourrait renflouer des institutions financières à hauteur de 42 milliards d'euros, sa dotation prévue pour fin 2020. Cependant, cette somme, qui correspond à environ 2% des fonds propres bancaires dans l'UE, sera « insuffisante si plusieurs groupes bancaires doivent être recapitalisés simultanément », préviennent-ils.
Si le Fonds SRF s'avère insuffisant, le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage permanent de l'Eurozone, pourrait entrer en action. Il est déjà en mesure de renflouer directement des banques à hauteur de 60 milliards d'euros. La réforme du MES prévoit que celui-ci devienne, avant 2024, le filet de sécurité ('backstop') du Fonds SRF (EUROPE 12505/16).
Voir l'étude d'EconPol Europe : https://bit.ly/3d8mBUw (Mathieu Bion)