L’Union européenne a fait part, vendredi 29 mai, de sa grave préoccupation concernant l’adoption par le Parlement chinois, la veille, de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, dans une déclaration du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell (EUROPE 12492/19).
Une telle initiative de Pékin n’est pas conforme aux engagements internationaux de la Chine ni à la loi fondamentale de Hong Kong et risque de compromettre gravement le principe ‘un pays, deux systèmes’ ainsi que le degré élevé d'autonomie de la Région administrative spéciale de Hong Kong, prévient l’UE.
Interrogé à l’issue de la visioconférence des ministres des Affaires étrangères, lors de laquelle la Chine était à l’agenda, M. Borrell a abandonné le conditionnel pour reconnaître que l’« autonomie de Hong Kong a été réellement affaiblie par cette décision ». « Elle met en péril l'autonomie de Hong Kong », a-t-il insisté.
Et si l’UE, dans sa déclaration, rappelle que ses relations avec la Chine sont fondées sur le respect et la confiance mutuels, la pression européenne devrait rester verbale. Les Européens s’engagent uniquement à soulever la question dans le cadre de la poursuite de leur dialogue avec la Chine.
« Nous continuerons à essayer de faire pression sur les autorités chinoises afin de leur faire prendre conscience que cette question affectera la manière dont nous traitons certaines des questions d'intérêt mutuel. Mais il n'y a rien de plus à l'ordre du jour », a reconnu M. Borrell, pour qui d'éventuelles sanctions ne sont pas une façon de résoudre les problèmes avec la Chine. Selon lui, lors de la discussion entre ministres, seul l’un d’entre eux a mentionné l'hypothèse de sanctions européennes.
L'UE ne devrait pas non plus laisser la situation hongkongaise remettre en question le partenariat sino-européen. M. Borrell a confirmé, que le sommet UE/Chine, prévu à Leipzig le 14 septembre 2020, n'était pas remis en question, pas plus que la poursuite des négociations sur des accords d'investissements avec Pékin.
Le sommet de Leipzig, tout comme celui qui pourrait se tenir en juin, est d'autant plus important que les défis de l’Union dans sa relation avec l’Empire du Milieu sont multiples, mais aussi fondamentaux. C’est sa crédibilité qui est en jeu dans sa capacité à rééquilibrer cette relation asymétrique.
Recentrer la relation
La pandémie de Covid-19 a d'ailleurs « accéléré les tendances existantes » sur la scène internationale, « cela a même été un signal de réveil », a martelé M. Borrell devant la presse. « La rivalité entre la Chine et les États-Unis devient un facteur structurant du monde post-coronavirus », a-t-il souligné.
La relation sino-européenne est, elle aussi, extrêmement complexe, a rappelé le Haut Représentant. Selon les dossiers, les deux partenaires sont parfois alliés, parfois rivaux. Mais l’UE entend désormais affermir sa relation et tirer ici son épingle du jeu.
D’après les ministres de l’Union, en effet, il est temps de consolider la politique européenne avec cet acteur systémique en la basant « sur nos intérêts et nos principes », grâce à un dialogue « honnête » dans tous les domaines, du climat à la stabilité politique mondiale, en passant par le nécessaire rééquilibrage de la relation économique. M. Borrell a souligné que l’UE entendait ainsi se concentrer sur la mise en œuvre de son partenariat, selon les paramètres déjà établis (EUROPE 12094/16).
La Commission espère d’ailleurs sceller au plus vite un accord global sur les investissements (EUROPE 12437/11). Hasard du calendrier, un nouveau cycle de négociations – le vingt-neuvième – finissait d’ailleurs le même jour (EUROPE 12475/14). (Camille-Cerise Gessant et Hermine Donceel)