Le directeur exécutif du programme d’urgence sanitaire (Health emergency program) de l'OMS, Mike Ryan, et les députés de la commission ‘Développement’ du Parlement européen ont exprimé des préoccupations communes, vendredi 29 mai, face à l’impact humanitaire et économique de la pandémie de Covid-19 sur les pays en développement aux systèmes de santé les plus vulnérables (EUROPE 12472/8).
Tous ont insisté sur l’importance du rôle des communautés locales dans la lutte contre ce coronavirus et de l’implication des pays en développement dans la production d’un futur vaccin sûr, efficace et peu coûteux.
« Si la pandémie recule en Europe, elle demeure encore virulente, dynamique. La pire solution serait d'abaisser notre vigilance face à cette maladie. Nous invitons les États à la prudence ; les mesures de confinement doivent être assouplies de manière graduelle et prudente jusqu’au moment où on aura un vaccin », a déclaré le représentant de l’OMS.
Au Nigeria et au Sénégal, où les chiffres d’infection sont modestes, les mesures prises sont assouplies pour des raisons économiques. « Je comprends, car beaucoup craignent davantage la faim que le virus », a fait observer Norbert Neuser (PPE, allemand).
M. Ryan a reconnu qu'en Afrique, « l’épidémie n’a jamais explosé. Il y a des problèmes de disponibilité de tests, mais pas de situation dramatique ». 25 à 40 pays connaissent une transmission interne, mais, selon lui, « on ne sait pas si une pandémie ne pourrait pas exploser ».
Les pays africains sont très habitués aux pandémies et ont davantage investi dans la traçabilité des contacts, quand « en Europe, les méthodes traditionnelles ont été négligées », a-t-il indiqué.
En Amérique centrale et du Sud (Guyane française, Venezuela, Chili, Bolivie, Guatemala), les chiffres sont préoccupants. Ces pays ne sont pas encore arrivés au pic de l’épidémie.
Lever la défiance face à un vaccin. Il a insisté sur l’importance de l’accès aux outils de diagnostic, aux traitements et aux vaccins. « Mais l’existence d’un vaccin ne suffit pas. Il faut l’acheminer et que les gens aient envie de se faire vacciner », a prévenu M. Ryan. Évoquant les campagnes déjà en cours contre un vaccin destiné à prévenir le Covid-19, il a ajouté : « il faudra un vaccin sûr et efficace pour qu’il soit accepté. Le travail qui nous attend est immense ».
Michèle Rivasi (Verts/ALE française), médecin, a estimé qu’il faudrait que l’UE soit plus influente dans le financement plutôt que le secteur privé ou les fondations. « Tant que Bill Gates et GAVI sont au premier plan, vous comprenez que les citoyens aient des doutes sur l’OMS », a-t-elle lancé.
Elle a aussi demandé pourquoi l’OMS avait suspendu les essais cliniques sur la chloroquine « alors que l'étude publiée le 22 mai dans The Lancet est fortement critiquée ». M. Ryan lui a répondu que la suspension était temporaire.
Plusieurs députés, comme Charles Goerens (Renew Europe, luxembourgeois), ont plaidé pour que l’UE prenne la relève des États-Unis si ces derniers mettent à exécution leur menace de cesser définitivement tout financement de l’OMS. (Aminata Niang)