L’Organisation mondiale du commerce (OMC) demeure un élément pivot de la stratégie commerciale de l’Union européenne au lendemain de la crise du Covid-19, a rappelé le commissaire au commerce, Phil Hogan, aux députés européens, jeudi 28 mai. L’ambition européenne est de taille et l’identification d’un nouveau directeur général à l’Organisation pourrait, dès lors, être déterminante dans ses chances de succès.
En réunion virtuelle avec la commission parlementaire du commerce international (INTA) du Parlement européen, M. Hogan a expliqué qu'il cherchait à créer une coalition de vues pour orienter la réforme de l’Organisation, afin que cette dernière contribue à une reprise verte et durable post-Covid-19.
Le commissaire a envisagé un programme en deux temps avec, à court terme, une initiative sur la santé et une augmentation de la transparence pour la notification des mesures de crise et, à long terme, l'ambition plurielle de « rétablir un système commercial multilatéral véritablement fondé sur des règles, mettre à jour le livre de règles multilatérales et veiller à ce que l'OMC contribue à une reprise verte et durable ».
La Commission poursuit en ce sens sa collaboration avec les partenaires internationaux partageant l’optique européenne, notamment dans le cadre du 'groupe d’Ottawa'.
Une forte personnalité
Auprès des députés, M. Hogan a aussi abordé la question du remplacement du directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo, qui avait annoncé en mai dernier qu’il quitterait ses fonctions le 31 août 2020, un an avant la fin de son second mandat (EUROPE 12487/34).
Selon des règles de rotation informelles, l’actuel directeur général brésilien pourrait être remplacé par un candidat originaire d’un pays industrialisé.
L’UE pourrait donc proposer un candidat européen : un avantage de poids pour aligner la réforme de l’OMC aux priorités de l’UE, a reconnu le commissaire.
De premières candidatures se profilent, notamment celle de la dynamique ministre néerlandaise Sigrid Kaag. Circule aussi le nom de la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Láya, ancienne fonctionnaire européenne ayant piloté le cabinet de Pascal Lamy à la Commission et lorsque celui-ci dirigeait l'OMC.
Comme l'a résumé Sabine Weyand, directrice générale des services au Commerce de l'institution européenne, le processus de désignation doit permettre de dégager une « forte personnalité ». « Il semble y avoir une compréhension émergente que ce n'est pas d'un technocrate, d'un négociateur ou d'un diplomate dont on a besoin, mais d'une figure de niveau ministériel avec une aura politique, pour relever les défis », a-t-elle déclaré le 28 mai, lors d’un débat.
Hâter la procédure de nomination
La procédure, qui dure près de six mois en temps normal, devra être accélérée pour qu'un remplaçant soit en poste dès le 1er septembre 2020. De nombreuses inconnues demeurent à ce stade.
Cette procédure s’articule en trois temps, a confirmé le porte-parole à l'issue du Conseil général de l'OMC, vendredi 29 mai. À ce stade, seule la première étape est clairement définie : dès le 8 juin et pour un mois, les membres de l’OMC pourront proposer des noms au successeur de M. Azevêdo. S’ouvrira ensuite une période de campagne, dont la longueur reste encore à déterminer, au cours de laquelle les candidats présenteront aux membres leur vision pour l’organisation multilatérale. Suivra une période de consultations facilitées par le secrétariat de l’OMC.
Si, au premier septembre, aucun nom n’a encore pu être arrêté, un des directeurs généraux adjoints de l'organisation fera temporairement fonction. Ce n’est qu’en tout dernier ressort qu’un recours au vote pourrait être envisagé, a souligné le porte-parole. (Hermine Donceel)