Entre la gestion de la crise liée à la pandémie et les dossiers « juridiquement contraignants », l’Allemagne a peu de marge pour asseoir ses priorités durant sa Présidence du Conseil de l'Union européenne au deuxième semestre 2020.
Pour son retour à la tête du Conseil depuis 2007, l’Allemagne va devoir « définir ses priorités de manière radicale et réduire les sujets », explique-t-on à Berlin. Ce sera une présidence de gestion de crise, avait déjà annoncé ce week-end la chancelière, Angela Merkel (EUROPE 12475/23).
En vue de la réunion de cabinet ministériel qui s'est tenue mercredi 29 avril, les ministères allemands ont révisé à marche forcée leurs programmes de travail en préparation depuis deux ans.
« Protection du climat, état de droit, cohésion sociale, numérisation et souveraineté européenne deviennent plus importants que jamais pour sortir du cyclone », a résumé le secrétaire d’État aux affaires européennes, Michael Roth, sur Twitter. Le programme semble encore plus pragmatique.
Exit salaire minimum et contrôle bancaire
Crise du Covid-19 oblige, Berlin estime que 70% des réunions n’auront pas lieu physiquement au Conseil. Les questions de salaire minimum ou la réforme des règles prudentielles bancaires découlant de l'accord 'Bâle III', notamment, devront attendre des jours meilleurs.
En revanche, l’Allemagne ne perd pas de vue les projets de taxation sur les transactions financières et d’assiette fiscale commune (EUROPE 12477/24).
Une partie de l’agenda restant est imposé par le calendrier européen. La conclusion des négociations sur les relations post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni, espérée début novembre, en fait partie, dans la mesure où, à ce stade, Londres refuse toute prolongation des pourparlers.
Plan de relance durable
La conclusion en juin du cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027 sera d’autant plus difficile que s’y ajoute maintenant le financement du Fonds de relance destiné à faire redémarrer l'économie européenne et son articulation avec le Pacte vert européen (EUROPE 12474/1, 12473/1).
Mme Merkel a insisté, lors du dialogue de Petersberg sur le climat de cette semaine (EUROPE 12477/14), pour que les aides actuelles soient investies « dans des technologies durables ». Un signal en faveur de la relance 'verte' souhaité par les Pays-Bas et le Danemark.
Pour la future Présidence allemande, se pose donc « à la fois la question des entrées dans le budget, mais aussi des modalités de dépenses », a rappelé Daniela Schwarzer, directrice de l’Institut allemand pour les relations extérieures (DGAP). La position allemande a déjà évolué, puisque l’on parle « non seulement de crédits, mais aussi de transferts ».
Défense de la souveraineté médicale
Dans ce contexte, l’environnement reste une priorité, mais aussi la numérisation de l’économie. Les diplomates allemands devront faire le grand écart pour défendre un « cloud européen » ou la création d’une base de données, notamment dans le secteur de la santé, alors que Berlin a pris la voie de projets très nationaux avec le « cloud » Gaia-X pour les entreprises et son application de traçage des personnes infectées par le Covid-19.
Sous la pression de ses industries automobile ou pharmaceutique, qui souffrent de la rupture de ses chaînes d’approvisionnement, Berlin ne perd pas de vue les priorités industrielles et la reprise du marché intérieur.
Son angle d’attaque change toutefois. La grande réforme du droit de la concurrence, à laquelle la France avait rallié l’Allemagne avant le confinement, passe à l’arrière-plan. En revanche, la mise en place d'une « capacité stratégique » dans le domaine de la santé passe sur le devant de la scène, a confirmé cette semaine le ministre de l’Économie, Peter Altmaier, après des entretiens avec ses homologues italien et espagnol.
Dialogue avec la Chine
L’évolution de la pandémie laisse en suspens le maintien, au moins sous une forme virtuelle, du sommet UE/Chine programmé initialement à Leipzig en septembre (EUROPE 12448/20). Cette rencontre était une grande priorité d’Angela Merkel.
L’Allemagne doit d’abord amener les Européens à parler d’une seule voix à propos du rôle de la Chine dans la crise actuelle, a considéré Daniela Schwarzer.
Loué pour sa gestion de la crise sanitaire, le gouvernement allemand arrive à la veille de sa Présidence plus fort que prévu il y a quelque mois, a noté la politologue. En revanche, « la situation pourrait changer d’ici l’automne si la pandémie connaît une seconde vague », a-t-elle nuancé. (Nathalie Steiwer)