Le président de la commission de la pêche du Parlement européen, Pierre Karleskind (Renew Europe, français), se dit plutôt satisfait des mesures annoncées et à venir présentées par la Commission européenne pour venir en aide aux pêcheurs et aquaculteurs dont les activités pâtissent des effets de la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12453/11), dans une interview accordée jeudi 26 mars à EUROPE. Selon lui, les pêcheurs britanniques vivent un Brexit sans accord avant l'heure. (Propos recueillis par Lionel Changeur)
Agence Europe - Quelle est la situation actuelle dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture ?
Pierre Karleskind - Un peu partout en Europe, les gros acheteurs de poissons ont fermé (restaurants et cantines). De plus, les citoyens ont acheté surtout des pâtes et du riz pour tenir un siège dès les premières mesures de confinement.
La demande a fortement baissé et des difficultés logistiques sont apparues. Le marché est totalement déprimé et les marchés italien et espagnol sont fermés. La pêche hauturière ne veut plus sortir et de nombreux navires ont eu à déplorer des invendus.
Il y a eu un changement de consommation radical en raison de cette crise, même si les représentants des différents maillons de la filière continuent à inciter à pêcher et consommer des produits sains.
Êtes-vous satisfaits des mesures d’urgence prises par la Commission européenne ?
Dès le 13 mars, la Commission a présenté ce paquet de 37 milliards d’euros de fonds structurels (EUROPE 12455/4). Il comporte un volet 'pêche' permettant de mobiliser des fonds de mutualisation.
Problème : ces types de fonds existent uniquement dans quatre pays de l’UE et pas dans les principaux pays pêcheurs comme l'Espagne, la France et l'Allemagne. Ces fonds existent, mais on ne peut donc pas les utiliser.
Mais nous n’allons pas faire d’amendements pour une adoption rapide du paquet.
Le relèvement du plafond des aides de minimis (de 30 000 à 120 000 euros par entreprise, NDLR) va permettre de mettre en place des dispositifs. En France, par exemple, un travail est fait pour garantir un minimum de revenus aux bateaux qui sortent en mer, même si les prix sont bas ou même en cas d’invendus.
De nouvelles mesures sont-elles nécessaires ?
La commission 'pêche' du PE a présenté à la Commission européenne des idées de modification des règles du fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP).
Nous demandons, en accord avec les professionnels, l’activation de la mesure ‘arrêt temporaire’, pour indemniser les pêcheurs et les conchyliculteurs qui ne peuvent plus travailler.
Il faut, de plus, donner les moyens aux organisations de producteurs de jouer leur rôle en intervenant sur les marchés et en stockant les poissons invendus. L’aide au stockage avait été supprimée au niveau européen en 2018. Il faut donc la réintroduire.
J’ai eu en ligne, mercredi 25 mars, le commissaire Virginijus Sinkevičius. Il est tout à fait en ligne avec ces demandes d’arrêt temporaire et d’aide au stockage. Une proposition sera faite dans les jours qui viennent.
Quand ces aides pourraient-elles être approuvées ?
Une réunion du Collège des commissaires est nécessaire pour valider la proposition. Ensuite, le PE devra voter en plénière. La prochaine session est prévue début mai, ce qui risque d’être tard pour des mesures d’urgence complémentaires.
Le groupe Renew Europe va, dès lors, pousser pour demander une session supplémentaire en avril pour adopter un nouveau paquet de mesures.
Où en sont les discussions sur la pêche avec le Royaume-Uni ?
Les négociations sont suspendues. Je ne vois pas comment nous pourrions arriver à un accord d’ici fin juillet ni sur le reste du partenariat avant le 31 décembre 2020.
À cause du coronavirus et de la fermeture des marchés, les pêcheurs britanniques se retrouvent avec leur marchandise sur les bras. Ils découvrent ce que c’est que de ne plus pouvoir vendre en Europe. Ils vivent un 'hard Brexit' avant l’heure. De quoi les faire réfléchir sur le fait qu'ils ont besoin du marché européen pour vivre.
Quid des négociations sur le fonds FEAMP 2021-2027 ?
Le coronavirus ne sera jamais, pour moi, un argument pour modifier les débats sur le prochain FEAMP. On pourrait juste revoir, éventuellement, les dispositifs en réponse à des cas de crise. Mais sinon, il n’y a aucune raison de changer les dispositifs de droit commun.
Le groupe Renew Europe avait voté contre la position de négociation du PE, au motif que des dispositions pouvaient introduire un danger de subventions pour la construction de bateaux neufs.
Lors des dernières négociations interinstitutionnelles, nous avons décidé de travailler avec le Conseil et la Commission pour évaluer dans le détail les mesures qui peuvent se traduire par de la surpêche ou de la hausse de capacités dangereuse et celles qui relèvent d’éventuelles exagérations. Il convient de réécrire le texte pour ne pas ouvrir la voie à un mauvais usage de ces dispositions. Il faudra donner au secteur les moyens de moderniser la flotte, tout en évitant la hausse des capacités.