À l'exception de l'extrême-droite, tous les groupes politiques du Parlement européen ont appelé à davantage de solidarité européenne pour répondre à la pandémie de Covid-19, lors de la session plénière organisée sous format exceptionnel jeudi 26 mars.
Découragés par le Secrétaire général du Parlement de rejoindre l'hémicycle en raison du risque de propagation du virus, les eurodéputés étaient une trentaine à participer au débat sur la crise sanitaire dans l'hémicycle. Ils ont été par contre 687 à participer au vote en ligne autorisant le déclenchement d'une procédure d'urgence sur les créneaux horaires des aéroports, les mesures budgétaires d'urgence et l'aide aux pays candidats (voir autres nouvelles).
Cartographie des stocks
La Croatie, qui assure la présidence tournante du Conseil de l'UE, n'était pas représentée. Sa secrétaire d'État aux relations avec le Parlement européen, Nikolina Brnjac, avait justifié cette absence via Twitter dans la matinée, en invoquant le récent tremblement de terre à Zagreb et la propagation du Covid-19. Elle a toutefois adressé une déclaration écrite au Parlement européen (voir le texte de la déclaration : https://bit.ly/3bto5IO ).
Pour la Commission européenne, après un discours rempli d'émotion prononcé par sa présidente, Ursula von der Leyen, le vice-président chargé des relations interinstitutionnelles, Maroš Šefčovič, a conclu la discussion, en donnant de nouveaux éléments d'information sur l'estimation des besoins en matière de santé publique.
Engagée depuis plusieurs semaines dans un exercice de cartographie à la demande des chefs d'État ou de gouvernement, la Commission a indiqué que l'Europe aurait besoin de 200 millions de masques, de 30 millions de respirateurs et de 15 000 ventilateurs par semaine pendant les trois prochains mois.
Après avoir mis ces chiffres sur la table, Maroš Šefčovič s'est réjoui que la passation de marché public conjoint soit en passe d'aboutir ou ait déjà abouti sur divers équipements médicaux (EUROPE 12453/15). À la lumière des discussions menées avec l'industrie, « je suis presque sûr que, très bientôt, nous serons en mesure d'accéder à ces technologies cruciales », a-t-il considéré.
Tirer des leçons de la crise
De nombreux eurodéputés ont invité l'Union européenne à tirer des leçons de la pandémie actuelle. Certains ont estimé que cette remise en question était urgente, d'autres ont considéré que cela devait attendre la fin de la crise.
De manière générale, les groupes ont campé sur leurs positions traditionnelles : les familles politiques pro-européennes ont appelé à davantage de solidarité européenne tandis que le groupe Identité et Démocratie a déploré une « succession d’errements, de lacunes et d’échecs » de la part de l'UE.
« Les institutions européennes sont là. Elles ne font pas défaut. C’est la solidarité qui fait défaut », a commenté Esteban González Pons (PPE, espagnol). « Il faut une approche coordonnée face à cette crise. Il est choquant qu’à nouveau, certains pays font cavalier seul », a poursuivi Pedro Marques (S&D, portugais), rappelant que son groupe soutenait un paquet de 25 mesures urgentes, parmi lesquelles une assurance-chômage européenne ou un système temporaire de revenu minimum pour protéger les travailleurs.
Sophie in't Veld (Renew Europe, néerlandaise), pour sa part, a dénoncé les régimes de confinement différents dans les États membres et les batailles aux frontières sur les kits de test. « Il est malheureux que les réflexes nationalistes l'emportent », a-t-elle déclaré.
Lors de son intervention, Ursula von der Leyen a, elle aussi, souligné qu'une « crise sans frontière ne pouvait être résolue en érigeant des barrières entre nous ». « Il n'y a pas un seul État membre qui puisse se prévaloir de pouvoir répondre seul au besoin d'équipement et de fournitures médicales », a-t-elle ajouté. Selon elle, la principale force de l'UE - et même la seule - est de veiller à ce que le matériel soit mis à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. (Sophie Petitjean)