La Commission européenne a à nouveau appelé, mercredi 18 mars, les États membres de l’espace Schengen de libre circulation à appliquer les lignes directrices présentées lundi, qui visent à fluidifier la circulation des camions transportant des marchandises essentielles (médicaments, aliments) et à permettre aux citoyens européens de rentrer chez eux.
Eric Mamer, le porte-parole de la Commission, a ainsi rappelé que les États membres étaient tenus d’appliquer ces lignes directrices puisqu’elles avaient été « largement approuvées » la veille, lors d'un sommet européen tenu en vidéoconférence (EUROPE 12448/1).
Mercredi matin, les médias ont fait état d'embouteillages d’ampleur tant aux frontières hongroises qu'en Pologne avec les frontières allemandes ou encore des difficultés des citoyens des pays baltes pour rentrer chez eux
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est entretenue de ces difficultés avec le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a indiqué Adalbert Jahnz, porte-parole chargé des Affaires intérieures. Pour M. Mamer, les États membres « doivent comprendre qu’il est dans leur intérêt de coopérer ». Cette fluidité de circulation dans Schengen est « essentielle » pour assurer la livraison de marchandises et d’équipements de santé indispensables, ont insisté les deux porte-paroles.
Mercredi midi, la Commission avait reçu les notifications de restrictions au franchissement de frontière de 11 pays membres de Schengen, la Finlande ayant à son tour notifié, et de deux pays hors UE associés à Schengen. Chaque mercredi, les experts des États membres sur les frontières se réunissent avec la Commission pour faire le point. Et en fin d'après-midi se tenait aussi une réunion virtuelle des ministres de l'Intérieur et de la Santé, dont les résultats n'étaient pas encore connus à l'heure de notre bouclage.
Quel sort réservé aux citoyens britanniques dans l’UE ?
Par ailleurs, des questions se posent dans les pays membres de l’espace Schengen sur le sort à réserver aux citoyens britanniques dont le gouvernement n’a pas adopté les mesures de confinement choisies par l’Italie, l’Espagne, la France ou la Belgique.
En raison de la période de transition post-Brexit qui court jusqu’à fin décembre, les Britanniques ne sont pas concernés par les restrictions de voyages dans l’UE que la Commission a proposées et que les États membres - sauf l’Irlande - ont unanimement approuvées mardi soir.
Le Premier ministre français, Édouard Philippe, avait ainsi évoqué mardi la possibilité d’étendre les restrictions de circulation et de voyages sur le territoire français à l’encontre des citoyens britanniques.
La présidente de la commission des transports du PE, Karima Delli (Verts/ALE, française), s’est aussi emparée de la question et a écrit à Ursula von der Leyen mercredi.
« Eu égard à l’absence de mesures efficaces prises par le Royaume-Uni (...) je vous invite à consulter d’urgence le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies et l’Organisation mondiale de la santé pour évaluer la pertinence d’une fermeture temporaire des frontières maritimes, ferroviaires et aériennes de l’Espace Schengen aux personnes résidant ou séjournant au Royaume-Uni », a préconisé l'eurodéputée.
« Si un avis positif devait être rendu, j’aimerais que vous vous coordonniez très rapidement avec les autorités des États membres de l’UE concernés, en particulier la France, afin de favoriser cette fermeture temporaire des frontières. Une telle évaluation pourrait bien sûr être révisée si des mesures pertinentes étaient prises par les autorités britanniques », a-t-elle ajouté.
Le Royaume-Uni n’appliquera pas les restrictions à l'entrée dans l’UE
Mercredi, la Commission n’était pas en mesure de donner un aperçu complet des États membres prêts à appliquer la mesure de restriction des voyages non essentiels dans l'UE de ressortissants des pays tiers sur une durée de 30 jours. Elle a toutefois précisé que le Royaume-Uni avait fait part de son refus de mettre en œuvre cette mesure.
L’Irlande, liée à une zone de voyage commune avec le Royaume-Uni, pourrait aussi ne pas pouvoir appliquer cette disposition.
La Suisse, associée à Schengen, a également annoncé suivre cette recommandation, mais sur une durée de trois mois.
Les ministres de l'Intérieur et de la Santé devaient d'ailleurs aussi discuter de l'application de cette mesure de restriction. (Solenn Paulic)