Plus elle s’accélère, plus la pandémie de Covid-19 coûte cher. À l’industrie maritime notamment. Selon les chiffres avancés en février par la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), le secteur accuserait 350 millions de dollars de pertes de revenus par semaine.
Plusieurs organisations ont donc profité de la tenue, mercredi 18 mars, d’une réunion extraordinaire des ministres européens des Transports (voir autre nouvelle), pour appeler l’UE à se saisir du dossier.
Bien qu’elles reconnaissent la nécessité, pour endiguer l’épidémie, de contrôler et de limiter la circulation des personnes, toutes demandent, en priorité, que le commerce maritime puisse se poursuivre. Ce dernier représente 76% du commerce extérieur de l'UE et 32% du transport de marchandises interne à l'UE.
Il faut veiller à ce que « les biens essentiels, l'énergie, les denrées alimentaires, les médicaments et de nombreux autres produits provenant de l'extérieur de l'UE puissent être livrés au marché intérieur de l'UE, aux citoyens et aux industries vitales dans tous les États membres », insistent la Communauté européenne des associations d'armateurs (ECSA) et la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF), dans une lettre adressée au Conseil de l'UE.
Toutes deux déplorent une augmentation significative du nombre de navires hors service en raison de fortes limitations opérationnelles, du manque de cargaison ou de la non-disponibilité de l'équipage.
Pour y remédier, elles demandent, par exemple, que les marins soient exemptés des interdictions nationales de voyager, afin qu'ils puissent rejoindre et quitter leur navire (par avion notamment) sans encombre et qu’ainsi, les relèves d'équipage puissent continuer à être effectuées.
Les marins devraient, lors de ces trajets, bénéficier d’une attention particulière de la part des gouvernements, « comme c’est le cas pour le personnel médical ou les forces de sécurité », estiment l’ECSA et l’ETF.
Même chose pour les opérateurs des services essentiels de la chaîne d'approvisionnement dans les ports, estime dans un communiqué l’Organisation européenne des ports maritimes (ESPO). Ces derniers devraient « être considérés comme un groupe prioritaire dans la distribution et l'attribution de matériel de prévention et de protection tel que les produits de désinfection, les masques et les gants », suggère l'organisation.
Classification des navires et certificats des marins
Maintenir les lignes d’approvisionnement ouvertes permettrait également de pallier la pénurie de pièces mécaniques et électroniques pour les navires, soulignent l’ECSA et l’ETF. Toutes deux attirent ainsi l’attention des ministres sur les conséquences dites « opérationnelles » de l’épidémie.
Elles appellent notamment les États européens et les sociétés de classification à faire preuve de souplesse à l’égard des navires contraints de se mettre en cale sèche afin que leur certificat puisse être renouvelé. En effet, « la disponibilité de la cale sèche est fortement limitée en raison des mesures de précaution prises pour contenir le virus », indiquent-elles.
Dans une note adressée aux ministres des Transports en amont de ce Conseil extraordinaire, dont EUROPE a obtenu copie (EUROPE 12448/9), la Présidence croate du Conseil de l'UE relevait par ailleurs un autre problème : celui de la validité des certificats des marins et des contrats de travail, car certains ont expiré ou sont sur le point d'expirer alors que les marins sont à bord et n'ont pas la possibilité de débarquer et de se faire rapatrier.
Elle suggérait, de fait, que soient adoptées « les mesures nécessaires à la prolongation temporaire de la validité de tous les brevets et autres documents des gens de mer ».
La commissaire européenne aux Transports, Adina Vălean, s’est pour sa part entretenue par téléphone, la veille du Conseil, avec des représentants de l’Organisation européenne des ports maritimes (ESPO) et de la Fédération des entreprises et terminaux portuaires privés européens (Feport). « Le commerce doit se poursuivre, la demande d'équipements de protection est importante, les ports ont mis en place des procédures d'urgence », a-t-elle listé dans un tweet, semblant accuser bonne réception de leurs recommandations. (Agathe Cherki)