Alors que les chefs d'État et de gouvernement se réunissaient pour discuter du budget de l'UE, les ministres européens de l'Éducation se sont rencontrés dans le même bâtiment, jeudi 20 février, pour parler d'une autre ressource importante de l'Europe : les cerveaux. La Croatie, qui exerce la Présidence tournante du Conseil de l'UE, avait en effet mis ce thème au centre du Conseil 'Éducation' (EUROPE 12427/22).
« Les talents sont distribués de manière égale, mais les possibilités ne le sont pas. Si la mobilité de l'apprentissage et la libre circulation bénéficient à certains, cela peut constituer un véritable désavantage pour d'autres. Cela peut même mener à une fuite des cerveaux », a déclaré en introduction la ministre croate Blaženka Divjak.
Ce sujet avait déjà été discuté début février à Zagreb, lors de la réunion informelle des ministres de la Recherche. « Il s'agit d'un phénomène complexe, qui doit être considéré dans un contexte plus large que celui de l'éducation, notamment en raison du vieillissement de la population. (...) La migration des diplômés est liée à la situation du marché du travail plus qu'à la situation de l'apprentissage », a déclaré la commissaire Mariya Gabriel, soulignant que son portefeuille, qui regroupe l'Innovation, la Recherche, la Culture, l'Éducation et la Jeunesse, offrait une véritable occasion de traiter cette question de façon plus large.
Des situations déséquilibrées
La grande majorité des participants ont souligné la pertinence d'un tel débat, soulignant qu'aucun État membre n'était vraiment épargné. « Sur 48 pays de Bologne, seuls 6 ont une mobilité équilibrée, 10 bénéficient de la fuite des cerveaux et les autres en subissent un impact négatif », a ainsi résumé le représentant autrichien, prenant l'exemple du grand nombre d'étudiants étrangers dans les études de médecine, en Autriche. L'Allemagne s'est dite confrontée au phénomène en ce qui concerne les départs vers les États-Unis tandis que la Suède et l'Estonie ont plutôt parlé des campagnes qui se vident à cause de l'exode vers les villes. De leur côté, les Pays-Bas ont été jusqu'à indiquer que ce phénomène pouvait, dans certains cas, abaisser la qualité de l'enseignement.
Mais ce sont les États confrontés à une importante fuite des cerveaux qui ont été les plus véhéments. La Grèce s'est dite confrontée à une importante pénurie de main-d'œuvre qualifiée tandis que la Roumanie a indiqué compter le pourcentage d'émigration le plus élevé de travailleurs hautement qualifiés (27%). La Lituanie a précisé être le 49e pays sur 63 en termes d'impact négatif sur l'économie.
Une multiplicité de suggestions
Lors de l'échange de vues, qui s'est poursuivi pendant plus de deux heures, les délégations ont souligné que la mobilité était et devait rester un pilier de l'UE. Elles ont ensuite formulé plusieurs suggestions : la Suède a appelé à « rendre les lieux attrayants plutôt que de forcer les gens à rester », l'Allemagne à « œuvrer à la qualité et à l'attractivité de nos écoles », la République tchèque à « des formes plus flexibles de travail et d'éducation », les Pays-Bas et Malte à établir « une cartographie » de la situation, ce que la Commission européenne a promis de faire pour septembre.
Sur fond de négociations budgétaires au plus haut niveau de décision, plusieurs États, notamment la Grèce, ont appelé à améliorer les financements européens d'Erasmus +. Rappelons que la Commission européenne avait proposé 26,4 milliards d'euros sur 7 ans pour ce programme tandis que le président du Conseil européen, Charles Michel, a soumis aux États membres une proposition portant sur 21,1 milliards d'euros. Le Parlement, lui, demande presque le double, soit 41,1 milliards.
Les universités européennes vues comme une opportunité
Conformément au document de travail préparé par la Présidence croate, les discussions se sont également concentrées sur les universités européennes. Ces 'alliances', qui deviendront, à terme, des ‘campus interuniversitaires’, mettront en commun leurs expertises, plateformes et ressources pour proposer des cursus ou modules communs couvrant différentes disciplines (EUROPE 12283/19). Selon Blaženka Divjak, « les universités européennes ont le potentiel de contribuer à une circulation équilibrée des cerveaux ». Une constatation partagée notamment par la Lettonie, la Hongrie ou les Pays-Bas, mais mise en doute par l'Autriche, qui s'est dite « sceptique, même si l'initiative est importante ».
En ce qui concerne les suggestions, la France a appelé les autres délégations à apporter un soutien administratif et financier à cette initiative, Malte a plaidé pour qu'elles soient plus inclusives et l'Irlande a parlé d'un cadre politique plus clair. (Sophie Petitjean)