La commissaire européenne à la Santé et la Sûreté alimentaire, Stella Kyriakides, a assuré, mardi 18 février, que la Commission serait ambitieuse pour faire en sorte que la future stratégie 'de la ferme à la table' - l'un des piliers du Pacte vert européen - garantisse des systèmes alimentaires durables tout au long de la chaîne d'approvisionnement.
Les députés de la commission de l'environnement du Parlement européen, devant lesquels elle s'exprimait, ont néanmoins été nombreux à douter que la réforme de la politique agricole commune soit à la hauteur de l'ambition affichée pour garantir au consommateur un environnement et des aliments sains, exempts d'OGM, de pesticides et autres produits chimiques nocifs, comme les perturbateurs endocriniens.
« Nous devons nous orienter vers un système alimentaire plus positif en termes d’impact sur l’environnement. Nous devons garantir que les citoyens bénéficient du niveau élevé de sûreté alimentaire qu’ils attendent de nous. Le statu quo n’est pas une option », a déclaré Mme Kyriakides. La stratégie devrait être présentée le 25 mars (EUROPE 12416/13).
Selon elle, le changement de paradigme passe aussi par un accès facile des consommateurs à toutes les informations dont ils ont besoin pour faire des choix en connaissance de cause et par un soutien aux agriculteurs et aux pêcheurs pendant la transition.
La stratégie répondra aux priorités suivantes : - une réduction de l’utilisation et des risques des pesticides chimiques ; - une réduction des engrais et des antibiotiques pour répondre aux inquiétudes des citoyens, en présentant des « objectifs réalistes », a indiqué la commissaire ; - l’amélioration de l’information du consommateur en matière d’étiquetage alimentaire ; - les défis du gaspillage alimentaire ; - une action en faveur du bien-être animal.
Feuille de route publiée. L'échange avec les députés a eu lieu le lendemain de la publication de la feuille de route de la stratégie, que les députés ont pu consulter. Ce document est ouvert aux commentaires pendant 4 semaines, soit jusqu’au 16 mars. Ceux-ci seront pris en compte, assure la Commission.
PAC versus biodiversité, climat ? « Comment pouvez-vous dire que la future PAC encouragera les agriculteurs à atteindre les objectifs climatiques et que la stratégie 'de la fourche à la table' ne fera que soutenir les efforts de la PAC ? C'est au mieux optimiste ! », a lancé Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise). Et de dénoncer l'absence de changement de paradigme. « La PAC ne fonctionne ni pour l'environnement ni pour l'agriculture », a-telle estimé, citant le niveau d'émissions agricoles en 2017, identique à celui de 2005, la perte de biodiversité, la diminution de la qualité du sol et la disparition des petites exploitations à un rythme alarmant.
Étiquetage. Face aux vues divergentes des députés sur le 'Nutri Score' et aux craintes des députés italiens qu'il ne soit imposé, Mme Kyriakides a indiqué que le principe de l'harmonisation était posé, mais que le choix du label résultera d'une analyse.
OGM. Aux députés qui lui demandaient si la Commission respecterait à l'avenir le refus constant du Parlement d'autoriser de nouveaux OGM, Mme Kyriakides a fait observer que « la Commission travaille dans le cadre juridique en place et fonde ses décisions sur la base des avis de l'EFSA ».
Perturbateurs endocriniens. Jytte Guteland (S&D, suédoise) a demandé si la DG Santé de la Commission travaillera en étroite coopération avec la DG Environnement, eu égard au « lien entre le cancer et l'exposition quotidienne croissante aux produits chimiques ». Mme Kyriakides a précisé que « c'est Virginijus Sinkevičius (le commissaire à l'Environnement) qui sera responsable de la stratégie sur les perturbateurs endocriniens ».
Pesticides et libre-échange. Comment parvenir à une réduction promise de 50% d’utilisation des pesticides dans les 10 ans alors qu'un rapport de l'ONG CEO (Corporate Europe Observatory) vient de montrer que la pression commerciale est forte pour abaisser les normes de résidus dans les aliments ? (EUROPE 12427/20) Selon Mme Kyriakides, « les accords de libre-échange ne changent pas le niveau de sécurité des aliments dans l’UE ».
Pour voir la feuille de route de la future stratégie : http://bit.ly/2SCmMjU (Aminata Niang)