La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a rappelé, jeudi 6 février, l'importance pour l'institut monétaire de bien communiquer sa mission et son action auprès des marchés financiers, mais aussi auprès du grand public qui, souvent, ignore les fondamentaux de la politique monétaire en zone euro.
« Une communication calibrée - pensez au pilotage des anticipations en matière de taux - est devenue un instrument de politique monétaire », a indiqué Mme Lagarde, lors d'un dialogue monétaire avec la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen. Néanmoins, « même si de nombreux Européens ont entendu parler de la BCE, très peu d'entre eux ont une connaissance approfondie de ce que nous faisons. (...) Nous devons améliorer cela », a-t-elle constaté.
Plusieurs députés, tels que Jörg Meuthen (Identité et Démocratie, allemand) et Dirk Jan Eppink (CRE, néerlandais), ont fait remarquer que la BCE était impopulaire dans leur pays en raison d'une politique de taux très faibles qui plombent l'épargne, M. Meuthen évoquant les « 120 milliards d'euros volés » aux contribuables.
L'exercice de révision de la stratégie de politique monétaire que l'Institut de Francfort a initié en janvier (EUROPE 12410/1) visera donc autant à écouter qu'à expliquer, a promis Mme Lagarde.
Un sondage à destination des consommateurs a été élaboré pour les interroger sur l'inflation, le logement, l'épargne et le marché du travail. Une série d'événements propices aux échanges auront lieu dans les États membres, le premier d'entre eux étant programmé fin mars à Bruxelles.
Parmi les autres sujets qui seront abordés dans l'évaluation figurent la prise en compte de l'enjeu climatique dans la politique monétaire et les investissements de la BCE, ainsi que l'inclusion des prix du logement dans le calcul de l'inflation. Même chose pour l'impact des taux très faibles sur la profitabilité des banques et sur les risques accrus que celles-ci prennent, a indiqué Mme Lagarde en réponse à une question de Markus Ferber (PPE, allemand).
À Luis Garicano (Renew Europe, espagnol), qui l'interrogeait sur la propension du cadre règlementaire de supervision à maintenir trop longtemps en vie des banques défaillantes, Mme Lagarde a admis que les règles prudentielles « pourraient être améliorées », notamment pour diminuer le champ des interprétations et des options discrétionnaires dont disposent les superviseurs nationaux. Il conviendrait d'harmoniser davantage les régimes nationaux des faillites, a-t-elle ajouté.
Quant au parachèvement de l'union bancaire en zone euro, Mme Lagarde a maintenu la ligne de la BCE, qui prône, après une phase de transition, la mise sur pied d'un système européen de garantie des dépôts (EDIS) capable de « couvrir tant les besoins de liquidité que les pertes ».
Grèce. En réponse à une question de Dimitris Papadimoulis (GUE/NGL, grec), Mme Lagarde a estimé que, si la situation en Grèce continuait de s'améliorer, les obligations grecques deviendraient éligibles à l'opération de rachat massif de titres ('quantitative easing') que la BCE a relancée l'automne dernier tant que l'inflation en zone euro ne retrouvera pas une trajectoire conforme à sa mission, à savoir un niveau proche, mais inférieur à 2%.
« Je souhaite qu'on y arrive », a-t-elle indiqué.
En déplacement jeudi à Athènes, le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, a estimé « légitime d'ouvrir le débat » sur le niveau approprié d'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) que la Grèce doit respecter, actuellement fixé à 3,5% du PIB jusqu'en 2022, en raison de la santé retrouvée de l'économie grecque.
Toute réduction de l'objectif n'interviendra que si le rapport sur l'économie grecque, attendu fin février par l'Eurogroupe, est favorable, a-t-il nuancé. (Mathieu Bion)