Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a donné le coup d'envoi, jeudi 23 janvier, de l'évaluation de la stratégie de la politique monétaire menée depuis 2003. Cette évaluation, dont les résultats sont attendus fin 2020, inclura l'action de la BCE dans la lutte contre le changement climatique.
Cette évaluation concernera « la façon dont nous remplissons notre mission, la façon dont nous mesurons nos résultats, les instruments à notre disposition et la façon dont nous communiquons », a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, promettant d'écouter l'ensemble des parties prenantes. Elle a espéré que des conclusions sur une nouvelle stratégie seront tirées et présentées, « en novembre ou décembre », cet exercice devant se dérouler en parallèle de l'activité normale de politique monétaire de l'institut de Francfort.
Pour Mme Lagarde, toutes les opinions sont les bienvenues. Il y aura peut-être des divergences sur la voie à suivre au sein du Conseil des gouverneurs qui empêcheront l'unanimité, « mais il faudra une décision », a-t-elle souligné, volontariste.
L'un des volets de cette évaluation concernera certainement la politique monétaire dans un environnement de taux faibles. Inchangés jeudi, les principaux taux directeurs de la BCE resteront bas, voire négatifs, tant que la trajectoire à moyen terme de l'inflation n'aura pas retrouvé sa cible, à savoir un niveau proche, mais inférieur à 2%. L'inflation était de 1,3% en décembre 2019.
« Je suis inquiète en raison des taux faibles », parce que cela signifie une croissance faible et affaiblit notre marge de manœuvre monétaire en cas de chocs macroéconomiques, a dit Mme Lagarde, rappelant aux États membres leur responsabilité d'accompagner la politique monétaire en utilisant le levier budgétaire.
Le défi du changement climatique constituera un autre volet « important » de l'évaluation, même si « nous agissons déjà » à la BCE, a souligné l'ancienne directrice du FMI. Elle a cité l'utilisation de critères de durabilité en matière d'investissement via le fonds de pension du personnel de la BCE (portefeuille d'un milliard d'euros) et la hausse des investissements 'verts', à condition que les titres en question soient liquides, via les fonds propres de la BCE (portefeuille de 20 milliards d'euros).
L'institut monétaire va également évaluer la possibilité de promouvoir l'achat d'actifs financiers 'durables' à travers sa politique monétaire, notamment ses opérations de rachat de titres privés dans le cadre de la relance du 'quantitative easing' (portefeuille de 200 milliards sur un total de 2000 milliards d'euros).
À noter que Mme Lagarde a repris à son compte l'affirmation de la Banque des règlements internationaux selon laquelle le changement climatique fait peser un risque sur la stabilité financière. Et de constater au passage le peu d'acteurs prenant en compte un tel risque dans leurs activités.
Sur la situation économique au sein de la zone euro, la présidente de la BCE a estimé que les risques à la baisse continuent de dominer, même si les tensions commerciales semblent lentement s'apaiser. Elle a noté que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se rendrait à Washington en « février » pour négocier un accord commercial avec le président américain, Donald Trump.
Enfin, interrogée sur l'état de préparation de la BCE à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne dans dix jours, Mme Lagarde a rappelé les actions entreprises telles que l'accord en mars 2019 sur un swap de devises avec la Banque d'Angleterre (EUROPE 12208/26) ainsi que les demandes répétées auprès du secteur bancaire pour qu'il s'adapte à la réalité du Brexit.
Voir le communiqué de la BCE sur l'évaluation de la stratégie monétaire : http://bit.ly/38zKL8O (Mathieu Bion)