La notification formelle de la demande de retrait des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat, intervenue lundi 4 novembre, a été accueillie sans surprise, mais avec regret par l'Union européenne
Celle-ci a toutefois tenu à en relativiser la portée potentielle au regard du nombre de pays toujours parties à cet accord mondial - 193 au total -, des autorités locales et des citoyens américains toujours mobilisés pour le climat et de la détermination de l’UE à aller de l'avant pour combattre, avec toutes les bonnes volontés, la menace du changement climatique dans le cadre de l'Accord de Paris.
« L'UE regrette profondément la décision unilatérale de l'administration Trump de retirer les États-Unis de l'accord de Paris. L'UE reste engagée dans cet accord et le monde peut continuer à compter sur l'Europe pour jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique », a déclaré, au nom du Conseil de l’UE, la ministre finlandaise de l'Environnement et du Changement climatique, Krista Mikkonen. Elle a garanti que « l'UE continuera d'assurer un rôle de chef de file par des politiques climatiques ambitieuses et en fournissant un appui continu aux pauvres et aux vulnérables ».
L'UE avait tenu le même langage au lendemain de l'annonce initiale de retrait faite par Donald Trump, le 1er juin 2017 (EUROPE 11801/7).
De l’avis de la négociatrice en chef finlandaise, Outi Honkatukia, « il est important que les États-Unis participent aux négociations afin qu'ils puissent revenir plus tard. Ils sont en train de passer d'un statut de partie à celui d'observateur ».
Il est fort probable que des représentants de l’administration Trump assistent à la prochaine COP (COP25, Madrid, 2-13 décembre), comme à l'accoutumée.
« L'Accord de Paris repose sur des fondations solides et est appelé à durer. L'UE, avec ses partenaires, est prête à renforcer la coopération avec toutes les parties pour le mettre en œuvre. Nous continuerons à travailler avec tous les acteurs et les entités aux États-Unis qui continuent à s'engager en faveur d'une action climatique ambitieuse », a affirmé, mardi, le commissaire européen à l'Action pour le climat et l'Énergie, Miguel Arias Cañete, sur son compte Twitter.
Selon la porte-parole de la Commission, Mina Andreeva, « la porte [de l’Accord de Paris] reste ouverte, et nous espérons que les États-Unis décideront de le réintégrer un jour ».
À la presse qui l'interrogeait sur les conséquences potentielles de la démarche formelle de Donald Trump sur les négociations internationales, elle a répondu : « Les Parties à l'Accord de Paris se retrouveront à Madrid en décembre à la COP 25 ». Selon elle, cela n'affecte en rien les préparatifs en cours.
Aux termes de la procédure de retrait, c’est à compter du 4 novembre 2020, soit dans un an, que les États-Unis ne seront plus partie à l'Accord de Paris, un jour après les élections présidentielles américaines.
L’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe, français), président de la commission de l'environnement du Parlement européen, se prend à rêver. « L’Accord de Paris entre formellement en vigueur fin 2020. Si Donald Trump n’est pas réélu, les États-Unis pourront revenir à temps dans l’accord et mettre fin à cette parenthèse irresponsable ».
De l'avis de Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais), « le fait que les États-Unis aient abandonné la scène climatique mondiale rend d'autant plus important que l'UE intensifie son jeu et soit chef de file des négociations internationales sur le climat. Le nouveau commissaire au Climat, Frans Timmermans, devrait commencer par proposer des objectifs climatiques plus élevés, à savoir réduire les émissions de CO2 d'au moins 65 % d'ici à 2030 ».
Les ONG de Climate Action Tracker (CAT) jugent « irresponsable le fait que le second plus grand émetteur au monde tourne délibérément le dos à l'Accord de Paris ». Selon les calculs de CAT, cette décision conduira les émissions des États-Unis à un niveau supérieur d'au moins 3% en 2030, par rapport au niveau auquel conduiraient les politiques actuellement en place aux États-Unis.
La Chine a déploré le retrait américain désormais engagé. (Aminata Niang)