Le 1er juin 2017 est à marquer d’une pierre blanche et s’inscrira dans l’histoire du multilatéralisme au service du climat de la planète comme une fumée noire, selon les Européens. L’officialisation, ce jour-là, du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat par le président américain, Donald Trump, a suscité en Europe tristesse et colère, mais aussi détermination redoublée de l’UE à prendre la tête des efforts mondiaux pour lutter contre les dérèglements climatiques, à en croire les représentants des institutions européennes.
Une réponse orale à la hauteur des attentes des nombreuses ONG qui n'ont pas manqué de rappeler, à cette occasion, combien il importe de faire plus, concrètement, par solidarité notamment avec les pays en développement, tant il est vrai que les engagements sur la table (conduisant à une hausse des températures de plus de 3 degrés Celsius) sont loin de répondre à l'objectif de maintenir la hausse moyenne de la température mondiale bien en deçà de 2 degrés Celsius, voire 1,5 °C.
Ainsi donc, la décision américaine, sans surprise, mais redoutée, est désormais confirmée. Les États-Unis, première puissance mondiale et deuxième émetteur de gaz à effet de serre (14% des émissions mondiales) se retirent de l’Accord pour des raisons économiques, a fait valoir Donald Trump, estimant que l’Accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre 2016, s’exerce au « désavantage » de son pays - raison pour laquelle il s’est dit prêt à « renégocier un accord plus équitable pour les entreprises et les contribuables américains ».
Pour l’UE, c’est catégoriquement 'non'. « Notre engagement envers l’accord de Paris est inébranlable. Nous continuerons à prendre la tête de la lutte contre le changement climatique », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker.
Pas de renégociation. « C’est un jour triste pour la communauté mondiale, puisqu’un partenaire clé tourne le dos à la lutte contre le changement climatique. L’UE regrette profondément la décision unilatérale de l'administration Trump. L’Accord de Paris est un exercice de responsabilité collective. C’est le meilleur instrument pour combattre le changement climatique. L’Accord de Paris survivra et ses 29 articles ne sont pas à renégocier. Ils sont à mettre en œuvre. Et c'est ce que fera l'UE », a aussitôt rétorqué le commissaire européen à l’Action pour le climat et à l’Énergie, Miguel Arias Cañete.
Et d’ajouter, « Le monde peut compter sur l’Europe pour prendre le leadership dans la lutte contre le changement climatique ». À cette fin, l’UE continuera à « mettre en œuvre des politiques ambitieuses », à respecter collectivement sa contribution déterminée au niveau national (NDC), à prendre sa part au financement des 100 milliards d’euros par an à l’horizon 2020 pour soutenir les efforts d’atténuation et d’adaptation des pays en développement, en particulier les petits États insulaires les plus vulnérables au changement climatique, a souligné le commissaire. Ce leadership, l'UE l’exercera aussi « en nouant des partenariats forts, comme avec la Chine, mais aussi avec de nombreux acteurs américains – entreprises, citoyens et communautés qui ont exprimé leur soutien à l’Accord de Paris et prennent des actions climatiques ambitieuses », a-t-il précisé.
L'Allemagne, la France et l'Italie, dans une déclaration conjointe, ont opposé la même fin de non-recevoir à l'idée du président Trump de renégocier, et confirmé leur engagement à mettre en oeuvre l'accord universel sur le climat signé par 195 pays en novembre 2015.
Comme l'a aussitôt fait la présidente de la COP 21, Ségolène Royal, le commissaire Cañete a rappelé, vendredi 2 juin, que le retrait des États-Unis ne pourrait intervenir « avant quatre ans », puisqu'en vertu de l'Accord de Paris (article 28), la dénonciation de l'accord nécessite le respect d'un délai de trois ans après l'entrée en vigueur, puis un préavis d'un an après la notification de retrait.
Il semble toutefois peu probable que le président Trump soit sensible au respect des dispositions d'un accord multilatéral qu'il a décidé de dénoncer unilatéralement.
Une faute, une erreur, regrettable, une décision irresponsable. Ces mots sont revenus sur bien des lèvres, pour qualifier la décision américaine, tant à l'égard du monde que des propres intérêts économiques américains, les Européens étant convaincus que la transition énergétique et l'économie sobre en carbone sont des réservoirs d'emplois et de croissance.
« L'heure est grave. Il n'y a pas de plan B, par ce qu'il n'y pas de planète B », a déclaré le Président français, assurant que « la France ne tournera pas le dos aux Américains » et n'abandonnera pas le combat. Le président du Conseil constitutionnel français, Laurent Fabius, qui avait présidé la conclusion de l'Accord de Paris, a parlé d'« une faute historique et d'une erreur majeure, contre la planète, contre l'humanité, justifiée par des mensonges. »
Rester dans l'accord de Paris, c'est être pragmatique. Au Parlement européen, c'est la consternation, mais l'on souligne que l'Accord de Paris survivra au retrait des États-Unis. « Cet accord est vivant et nous le mettrons en oeuvre avec ou sans l'administration américaine. Ceux qui choisissent de rester en marge manqueront une occasion historique pour leurs citoyens, la planète et l'économie. L'UE continuera à conduire les efforts contre le changement climatique et sera un pôle d'attraction pour l'investissement, l'innovation et la technologie, qui sont source de création d'emplois et stimuleront la croissance », a déclaré le président du PE, l'Italien Antonio Tajani (PPE).
L'eurodéputée roumaine, Adina-Ioan Valean (PPE), qui préside la commission de l'environnement du PE, renchérit en faisant observer que « faciliter la transition vers une économie sobre en carbone c'est tout simplement être pragmatique ».
L'eurodéputé allemand, Jo Leinen (S&D) plaide pour que l'UE impose une taxe carbone aux importations américaines. Sa collègue Rebecca Harms (Verts/ALE) qualifie le choix de l'administration Trump de « décision à courte vue » et appelle l'UE à « exploiter tout le potentiel d'innovation et d'emploi qu'offrent les technologies vertes ».
Des voix se sont même élevées, comme celle du secrétaire général du Bureau européen de l'environnement (BEE), Jeremy Wates, pour demander à l'UE et à d'autres puissances mondiales « d'explorer activement des sanctions économiques contre les États-Unis », pour que ce pays « ne retire pas un avantage compétitif en se soustrayant à ses obligations envers les générations futures ».
Dans une déclaration commune publiée jeudi soir, l'Union européenne et l'Union africaine « réaffirment leur ferme engagement à mettre en oeuvre l'Accord de Paris » et « appellent tous les autres partenaires à conserver l'élan créé en 2015 ». Cet appel est lancé en amont de la COP23, qui se tiendra à Bonn en novembre prochain sous la présidence de Fidji - petit État insulaire vulnérable au changement climatique. (Aminata Niang)