Quelques heures après la décision du président américain, Donald Trump, de retirer les États-Unis de l'Accord international de Paris sur le climat, les dirigeants de l'UE et de la Chine, réunis en sommet, jeudi 1er et vendredi 2 juin à Bruxelles, ont affirmé leur engagement en faveur du système multilatéral, que ce soit dans la lutte contre le changement climatique ou en matière commerciale.
« Nous partageons un intérêt fondamental pour le maintien et le renforcement du système international fondé sur des règles. Dans ces moments difficiles, nous avons la responsabilité commune de protéger ce système et de démontrer sa valeur ajoutée dans tous les aspects de nos relations », a résumé le président du Conseil européen, Donald Tusk, à l'issue du sommet, vendredi après-midi.
« Notre relation repose sur un engagement commun pour l'ouverture et la collaboration dans le cadre d'un système international fondé sur des règles. Je suis heureux que nous puissions clamer cela haut et fort aujourd'hui. Ensemble, nous pouvons promouvoir la prospérité et la durabilité chez nous et hors de nos frontières », avait insisté le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, lors du sommet des affaires UE/Chine, plus tôt dans la matinée.
« Nous sommes convenus que, face à une situation internationale changeante, avec des facteurs d'instabilité toujours plus nombreux, les relations UE/Chine doivent être stables et sans cesse consolidées », a assuré le Premier ministre chinois, Li Keqiang, après le sommet. « Sur certains points, nous avons des convergences importantes. Nous estimons qu'il faut continuer à faire évoluer la mondialisation dans un sens inclusif, équitable et bénéfique pour tous. La mondialisation présente une tendance irréversible, le problème est de savoir comment y répondre », a poursuivi M. Li, avant d'ajouter : « Nous croyons qu'il faut défendre le libre-échange. Il faut respecter les règles internationales pour assurer un commerce plus équitable et plus juste ».
« Le résultat politique le plus important de ce sommet est ce que le Premier ministre Li a dit jeudi soir : nous devons trouver ce que nous avons en commun plutôt que de nous polariser sur nos divisions et nos différences. Nous avons trouvé ce terrain d'entente, mais nous avons besoin de plus de temps pour être plus précis sur certains aspects. De manière générale, ce sommet a été le plus fructueux et prometteur que nous ayons eu », a assuré M. Tusk.
Leadership conjoint affirmé sur le climat... Avec l'adoption de leur toute première déclaration commune sur le changement climatique et l'énergie propre (voir autre nouvelle), qui explique comment ces deux plus grands émetteurs de CO2 avec les États-Unis vont mettre en œuvre leurs engagements au titre de l'accord international sur le climat conclu en 2015, l'UE et la Chine « ont démontré leur solidarité avec les générations futures et la responsabilité de l'ensemble de la planète », a insisté M. Tusk, qualifiant la décision de M. Trump de « grande erreur ».
Au-delà du leadership partagé en matière climatique, M. Tusk a salué l'approfondissement et le renforcement de la coopération bilatérale dans bien d'autres domaines couvrant le commerce et l'investissement, les questions migratoires, les questions de sécurité internationale, dont la Corée du Nord et le partenariat en matière de sécurité en Afrique. « La Chine et l'UE sont des partenaires stratégiques. Nous avons intérêt au succès l'un de l'autre », a-t-il insisté.
... mais apaisement laborieux sur les frictions commerciales. Dirigeants européens et chinois ont cherché à aplanir leurs divergences sur « les questions les plus controversées » en matière commerciale : les surcapacités chinoises dans l'acier, l'aluminium et d'autres secteurs, l'octroi du statut d'économie de marché à la Chine et son traitement dans les enquêtes antidumping de l'UE après l'expiration de l'article 15 du protocole d'adhésion de la Chine à l'OMC, ou encore l'ouverture insuffisante du marché chinois aux investissements européens. « Nous sommes capables de réduire l'écart entre nos positions, mais nous n'y sommes pas encore », a résumé M. Junker à l'issue du sommet.
« Nous applaudissons l'ambition des réformes de la Chine. Nous reconnaissons que des réformes ont été réalisées et que des plans ont été établis. Mais nous aimerions que la mise en œuvre accélère afin que vos politiques soient conformes à votre vision du monde », avait affirmé M. Juncker devant le sommet des affaires, en référence au discours prometteur du président chinois, Xi Jinping, sur l'ouverture commerciale, lors du Forum économique mondial de Davos, en début d'année.
Sur la question des surcapacités chinoises dans l'acier, l'UE a de nouveau appelé les autorités chinoises à accélérer leurs réformes pour favoriser des conditions de marché plus équitables et réduire les distorsions induites par l'emprise de l'État sur l'économie chinoise. Devant la presse, M. Juncker a aussi salué les instruments en place - comme la plateforme du G20 sur les surcapacités dans l'acier - pour stimuler le dialogue et remédier à la situation.
Sur la question du traitement de la Chine dans ses enquêtes antidumping, l'UE était dans une position plus sereine lors de ce sommet où elle a présenté sa nouvelle méthodologie antidumping en préparation, qui se veut neutre vis-à-vis de tous les pays tiers et conforme aux règles de l'accord antidumping de l'OMC. « Nous avons souligné nos préoccupations sur ce dossier. Tout le monde doit respecter les règles de l'OMC. L'UE doit appliquer les dispositions prévues à l'article 15 du protocole d'accession de la Chine à l'OMC pour montrer qu'elle respecte les règles. L'UE a dit qu'elle est en train d'amender sa législation pour se conformer aux règles de l'OMC, qui sont non discriminatoires. S'il y a des problèmes, nous pouvons dialoguer », a dit M. Li.
Enfin, sur le dossier des flux d'investissements, faute de déclaration finale, l'UE et la Chine n'ont pas inscrit dans le marbre la réaffirmation de leur volonté de conclure un accord sur l'investissement, dont les négociations, lancées en 2013, restent bloquées au début de leur seconde phase qui couvre l'accès au marché, depuis l'accord intermédiaire conclu en janvier 2016 sur la portée du futur accord. Les négociations se poursuivent de facto, après un 13ème round de pourparlers la semaine dernière. Mais l'UE espérait idéalement qu'un calendrier soit établi lors du sommet en vue d'un échange d'offres sur l'accès au marché en 2018.
À l'issue du sommet, M. Juncker a assuré « avoir insisté sur les différences de traitement constatées pour les entreprises européennes en Chine et les entreprises chinoises en Europe ». « Si nous sommes très satisfaits du niveau d'échanges entre l'UE et la Chine, nous souhaiterions améliorer la situation de nos entreprises en Chine pour qu'elles puissent y déployer leurs activités lorsqu'elles s'y installent. Ce n'est pas une fatalité, ce sont des choses qui peuvent s'améliorer », a-t-il conclu.
Malgré une compréhension commune laborieuse sur le dossier commercial, Européens et Chinois sont convenus de publier une liste de 200 indications géographiques - 100 chacun - dont la protection sera envisagée à travers la conclusion d'un accord d'ici fin 2017. (Emmanuel Hagry)