L’UE accordera une troisième extension du Brexit au Royaume-Uni, mais elle refuse de s’engager avant que Westminster ne fasse le prochain pas.
La plupart des programmes d’actualités britanniques, ainsi que le diffuseur public irlandais RTE, affichent le compte à rebours du Brexit dans le coin de l’écran. Il est presque certain qu’ils devront le réinitialiser la semaine prochaine, alors que les ambassadeurs de l’UE ont tacitement accepté la demande (réticente) d’extension soumise par le Royaume-Uni.
Selon le président de la Chambre des communes, John Bercow, le Brexit se trouve désormais « dans le flou », car, même si le Parlement a convenu, mardi, de soutenir le dernier accord conclu entre l’UE et le Royaume-Uni (EUROPE 12354/11), les députés britanniques ont exigé plus de temps pour examiner la législation relative à la mise en œuvre (connue sous le nom de « projet de loi Brexit ») qui contient 234 pages (dont les notes explicatives).
En mars/avril, lorsque les dirigeants de l’UE avaient accepté une mini-extension et ensuite une « extension flexible », reportant le Brexit au 31 octobre (EUROPE 12233/1), les élections européennes se profilaient à l’horizon. Aujourd’hui, ce sont des élections législatives que le gouvernement britannique souhaite organiser le 12 décembre.
Il va sans dire que les dates proposées s’accompagnent de réserves. Le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, soutient une idée de l’UE de reporter le Brexit jusqu’à fin janvier 2020. Mais la ministre française en charge des Affaires européennes, Amélie de Montchalin, attend plus de clarté de la part du gouvernement britannique quant à l’organisation ou non d’élections législatives, et à quelle date, avant que l’UE ne prenne une quelconque décision. « On ne va pas faire de la politique-fiction », a-t-elle déclaré à la radio française RTL, jeudi.
Le Premier ministre britannique ne peut pas simplement convoquer des élections. Selon une législation de 2011, appuyée par l’ancien dirigeant libéral-démocrate Nick Clegg (en grande partie pour empêcher ses partenaires de coalition conservateurs de l’époque de déclencher des élections anticipées afin de récupérer leur majorité), cinq années doivent s’écouler entre chaque élection, à moins que deux tiers des députés ne votent en faveur de la tenue de ces élections ou échouent à former un gouvernement suite à une motion de défiance. Boris Johnson pourrait perdre sur les deux plans : de nombreux députés travaillistes rechignent à soutenir de nouvelles élections, craignant de les perdre, et hésitent, pour ces mêmes raisons, à déposer une motion de défiance.
La Chambre des communes siégera lundi après-midi pour débattre de la proposition de M. Johnson relative à l’organisation d’élections législatives anticipées. Des amendements à cette proposition pourraient être soumis, y compris, par exemple, le fait d’abaisser l’âge de voter à 16 ans (un point souhaité par le parti travailliste et qui pourrait servir ses objectifs).
Lundi ou mardi, les ambassadeurs de l’UE se réuniront pour tenter de convenir de la meilleure extension à octroyer au Brexit. Les dirigeants de l’UE ne devront heureusement pas se rendre à Bruxelles pour assister à un sommet d’urgence ; une procédure écrite sera en effet privilégiée, à condition que le président du Conseil, Donald Tusk, parvienne à ses fins.
Toutes ces tergiversations n’ont fait qu’accroître la crainte d’un no deal.
Le journal The Times présente la situation comme une « impasse de l’UE qui pousse le Royaume-Uni au bord du no deal ». Mais, à en croire un fonctionnaire anonyme, qui s’est confié au journal The Guardian cette semaine, le gouvernement britannique n’est pas prêt à cette éventualité et la plupart de ses préparatifs en vue d’une absence d’accord ne sont « qu’une façade » : « Que le ciel nous vienne en aide si nous en arrivons à un no deal. Parce que, même avec les meilleurs efforts de fonctionnaires comme moi, l’opération Yellowhammer ne suffira pas, même avec son énorme prix. Loin de là ». (Version originale anglaise par Sarah Collins)