Les eurodéputés ont adopté, jeudi 24 octobre, à une solide majorité (vote à main levée), une résolution conjointe Verts/ALE, Renew Europe, PPE, S&D, et GUE/NGL, dans laquelle ils demandent au Conseil d’instaurer une série de sanctions et de mesures économiques ciblées contre la Turquie et visant certains hauts fonctionnaires et dignitaires turcs et appellent à un embargo paneuropéen total sur le commerce d’armes avec la Turquie.
Toutefois, les parlementaires insistent pour que les sanctions économiques ne touchent pas les citoyens turcs, ni même les réfugiés syriens qui sont sur le territoire turc. Par ailleurs, les députés veulent réduire le financement au titre de l’instrument de préadhésion II (IAP II) en vue d’une éventuelle adhésion turque, jugeant les agissements du président turc, Tayyip Recep Erdoğan, en contradiction totale avec les valeurs européennes.
La veille, lors d’un débat en présence du commissaire à l’Aide humanitaire et à la Gestion de crise, Christos Stylianides, venu représenter la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, les députés ont exprimé leur profonde indignation. À l’encontre de la Turquie, tout d’abord, qui agit en dehors de tout cadre onusien, selon eux. Mais aussi à l’encontre de l’UE et de ses États membres, qui, aux yeux de bien des parlementaires, à l’instar de Kati Piri (S&D, néerlandaise) ou de Thierry Mariani (ID, français), ont abandonné, voire trahi, les forces démocratiques kurdes, qui ont pourtant combattu l’État islamique.
Fustigeant le retrait des troupes américaines, plusieurs députés ont regretté le rôle d’observateur dans lequel s’est cantonnée l’Union européenne sur la scène internationale, comme l’a fait remarquer Özlem Demirel (GUE/NGL, allemande), comme Michael Gahler (PPE, allemand). À ce titre, certains n’ont pas hésité à parler d'inféodation européenne aux États-Unis en restant dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), comme Emmanuel Maurel (GUE/NGL). « Si on ne fait rien, l’histoire risque de se jouer sans nous, voire contre nous », a mis en garde, pour sa part, Nathalie Loiseau, présidente de la commission parlementaire de la sécurité et de la défense (SEDE).
Les députés se sont montrés particulièrement préoccupés par la volonté turque de « déporter » les réfugiés syriens vers la zone dite « de sécurité », le long de la frontière dans le nord-est de la Syrie, ainsi que par la fuite des geôles syriennes de nombreux combattants de l’État islamique à la suite de bombardements turcs, comme l’a souligné Malik Azmani (Renew Europe, néerlandais). Plusieurs députés ont appelé les États membres à rapatrier leurs ressortissants qui ont combattu sous la bannière islamique, afin qu’ils soient contrôlés et jugés en lieu sûr.
Cette résolution fait suite à l’intervention turque, déclenchée le 9 octobre et hors de tout cadre légal international, dans les zones contrôlées par les Forces démocratiques de Syrie (FDS) dans le Nord-est syrien, qui a provoqué, selon les données avancées par l’ONU, près de 200 morts et le déplacement d’environ 300 000 personnes. Les inquiétudes sont réelles du côté des parlementaires, notamment à la suite de l’accord entre le président russe, Vladimir Poutine, et le président turc, qui se sont mis d'accord pour prendre le contrôle en commun de la majeure partie de la frontière turco-syrienne.
La semaine précédente, lors du Conseil européen, les chefs d’État et de gouvernement avaient repris à leur compte les conclusions adoptées par les ministres des Affaires étrangères, condamné l’action militaire turque et décidé de mettre fin aux licences d’exportations d’armes vers la Turquie (EUROPE 12351/3). (Pascal Hansens)