Les dirigeants européens ont pris note, dans des conclusions publiées dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 octobre, de l’annonce américano-turque d'une « pause de toutes les opérations militaires » dans le nord-est de la Syrie.
Plus tôt dans la journée, le vice-président américain, Mike Pence, avait annoncé une pause de 120 heures des opérations militaires, pendant lesquelles les États-Unis faciliteront le retrait de la zone de sécurité des forces kurdes du YPG, alliés des États-Unis, mais considérées par les Turcs comme des terroristes. Une fois cette opération achevée, un cessez-le-feu permanent devrait être décrété.
Reprenant à leur compte les conclusions de leurs ministres des Affaires étrangères du 14 octobre (EUROPE 12348/1), les dirigeants condamnent à leur tour, dans des conclusions, l’« action militaire unilatérale » de la Turquie. Cette action crée « des souffrances humaines inacceptables, mine la lutte contre Daech et menace sévèrement la sécurité européenne ». Plusieurs centaines de proches de djihadistes auraient profité des combats pour s’enfuir, dénoncent notamment les conclusions du Conseil européen.
Les dirigeants exhortent donc Ankara à mettre fin à son action, à retirer ses troupes et à respecter la loi humanitaire internationale.
Les Vingt-huit ont également décidé de mettre fin aux licences d'exportation d'armes vers la Turquie. Cependant, les États membres semblent mettre en œuvre cette décision de façon différente. La France et les Pays-Bas l'appliqueraient sur toutes les licences alors que le Royaume-Uni voudrait une exception pour la recherche et le développement. L’Espagne et l’Allemagne comptent limiter l’exportation des armes qui serviraient aux combats en Syrie. De leur côté, la Hongrie pourrait décider au cas par cas et la Bulgarie serait opposée à cet embargo.
Dans ses conclusions, le Conseil européen précise que l’UE reste engagée dans les efforts qu'elle déploie pour faire face efficacement à la « grave crise humanitaire et à la crise des réfugiés », « compte tenu de l'évolution des besoins, notamment en soutenant les États membres qui sont confrontés aux défis les plus graves sur les flux migratoires en Méditerranée orientale ».
Alors que la chancelière autrichienne, Brigitte Bierlein, et le président du Parlement européen, David Sassoli, ont estimé que l’offensive turque prouvait que l’UE devait annuler les négociations d’adhésion à l'UE avec Ankara, les conclusions ne font nullement mention du statut de candidat du pays, pas plus que de son statut d’allié.
Chypre. Autre sujet de préoccupation avec la Turquie: ses activités illégales de forage dans la zone économique exclusive de Chypre.
Solidaires avec Nicosie, les dirigeants, dans leurs conclusions, reprennent de nouveau à leur compte les conclusions des ministres des Affaires étrangères, qui appellent à la mise en œuvre d’un cadre de mesures restrictives visant les personnes physiques et morales responsables ou impliquées dans le forage illégal d'hydrocarbures en Méditerranée orientale (EUROPE 12348/1).
Voir les conclusions sur la Turquie: http://bit.ly/2pxleLY ">http://bit.ly/2BmSfgM (Camille-Cerise Gessant avec MB, SP et MF)