Si la décision de Washington, vendredi 18 octobre, d’imposer des sanctions tarifaires sur les 6,7 milliards d’euros d’importations de produits européens, autorisée par l’OMC dans le litige contre l’avionneur européen Airbus, n’a pris personne par surprise, les réactions, du côté européen, sont amères (EUROPE 12350/17, 12348/7, 12346/11).
« Nous regrettons le choix des États-Unis de procéder avec des tarifs » (de 10% sur les avions et 25% sur le reste), a déclaré Cecilia Malmström, commissaire européenne au Commerce, dans un communiqué de presse.
« Cette étape ne nous laisse pas d’autre choix que de suivre en temps utile nos propres tarifs dans l’affaire Boeing, où les États-Unis ont été déclarés en violation des règles de l'OMC », a prévenu Mme Malmström (12238/1, 12233/15).
Même son de cloche du côté de l’eurodéputé Christophe Hansen, coordinateur du PPE (centre droit) en commission parlementaire du commerce international : « je regrette que les États-Unis aient choisi les tarifs plutôt que les pourparlers, refusant une solution commune à un problème commun », a-t-il déclaré via Twitter. « Notre réponse sera ferme », a confirmé le député luxembourgeois.
Sonnette d’alarme des agriculteurs
Le secteur agroalimentaire est visé au premier chef par ces sanctions - en particulier les filières du vin, du fromage ou de l'huile d’olive.
Plusieurs ministres de l’Agriculture, réunis en Conseil le 14 octobre, ont déjà réclamé de la Commission une aide pour leur permettre de faire face (12349/15).
Le ministère français de l’Agriculture a publié, le même jour, un communiqué, déplorant une taxation « aussi lourde » des vins français et appelant à « une réponse ferme et unie face aux sanctions américaines ». Les États-Unis représentent près de 20% de l'ensemble des exportations françaises de vins, a renchéri la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), dans un communiqué, demandant que soient mises « immédiatement en place les mesures de soutien nécessaires ».
« Il faut activer dès que possible l'aide compensatoire (aux agriculteurs) en renforçant les programmes de promotion des produits agricoles dans les pays tiers et en accordant une aide aux agriculteurs », a fait écho Coldiretti, principale organisation agricole italienne.
« La Commission surveillera l'impact (…) sur les produits européens concernés, notamment dans le secteur agricole », a promis Mme Malmström.
Un goût de gâchis
Si le bilan de cette interminable querelle, initiée il y a plus de 15 ans, est donc particulièrement négatif pour l’UE, il l’est aussi pour le commerce multilatéral.
Face au facteur perturbateur chinois, on aurait pu être en mesure d’attendre des deux puissances économiques qu’elles collaborent afin de garantir à leurs opérateurs économiques des conditions de concurrence équitables (le ‘level playing field’ du jargon), notamment sur les modalités des soutiens pouvant être accordés aux avionneurs.
C'est donc avant tout un constat d'échec pour la diplomatie transatlantique.
Mme Malmström a toutefois assuré que l'UE gardait une main tendue vers Washington pour avancer dans ce sens. (Hermine Donceel)