L’accord sur le Brexit repose essentiellement sur une combinaison du filet de sécurité initial proposé par l’UE et de l’ancienne idée de « partenariat douanier » du Royaume-Uni, que les responsables de Bruxelles avaient qualifiée de « pensée magique ». Le prochain défi consistera à le concrétiser.
Le Brexit est toujours aussi flou (EUROPE 12351/1, 12351/2). Le compromis sur l’Irlande du Nord, qui restera dans l’union douanière du Royaume-Uni, mais reproduira les règles douanières de l’UE, doit encore être pleinement défini et pourra être annulé tous les quatre ans. Ainsi, les votes des deux parlements, le premier samedi à Londres, l’autre (éventuellement) la semaine prochaine à Strasbourg (EUROPE 12352/14), ne constituent que les premières étapes de ce qui devrait être une interminable saga post-Brexit.
Boris Johnson a déclaré aux dirigeants de l’UE qu’il ne doutait pas de pouvoir faire adopter l’accord par le Parlement ce samedi. Il a refusé de spéculer sur ce qu’il fera en cas d’échec, bien qu’en réalité, il ne lui reste que deux options : demander une extension, ce qu’il a juré qu’il ne ferait pas (et que l’UE ne souhaite pas) ou quitter l’UE sans accord le 31 octobre. Des élections législatives sont inévitables, que l’accord soit approuvé ou non, alors que se profile au loin la possibilité d’organiser un second référendum (en cas de défaite de M. Johnson lors de ces élections).
L’arithmétique parlementaire est tout aussi floue. Au total, 650 députés composent la Chambre des communes, bien que 11 ne votent pas (dont le président, John Bercow, ses trois adjoints et sept députés du Sinn Féin, qui ont depuis longtemps pour politique de ne jamais siéger à Westminster). En supposant que tous les autres membres éligibles exercent leur droit de vote, M. Johnson aura besoin d’au moins 320 députés pour adopter l’accord. Mais sur qui peut-il compter ?
Tous les 288 députés du parti conservateur ne le soutiendront pas, bien qu’il ait l’appui de la plupart des membres de l’European Research Group favorables à un Brexit dur, qui devraient être environ 80. Il ne peut compter sur les 23 anciens députés conservateurs qui ont été exclus du parti ou qui l’ont quitté le mois dernier et qui siègent actuellement en tant qu’Indépendants. Ces derniers peuvent toutefois décider d’accepter l’accord plutôt que de risquer un no-deal.
Sur les bancs de l’opposition, le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a demandé à ses 244 députés de rejeter l’accord, mais 18 d’entre eux (emmenés par le député d’arrière-ban Stephen Kinnock) ont écrit à la Commission, la semaine dernière, en déclarant qu’ils pourraient voter en sa faveur. Les 35 députés du Parti national écossais, les 19 libéraux démocrates et les 10 unionistes démocrates sont quant à eux fermement opposés à l’accord.
Mais le sort du Brexit ne se jouera pas qu’à Londres. Les présidents de groupes du Parlement européen se réuniront lundi soir pour décider des prochaines étapes, alors qu’un vote figure provisoirement à l’agenda de jeudi (pour autant que l’accord soit dans un premier temps approuvé par la Chambre des communes). S’ils ne parviennent pas à procéder à un vote, ils auront une nouvelle opportunité de le faire lors de la session de novembre, à Strasbourg, ce qui nécessitera une extension, bien que « technique », du Brexit. Le groupe des Verts/ALE ne partage pas l’optimisme de M. Johnson et estime que l’accord devrait être soumis à un second référendum pour permettre aux « Britanniques d’avoir le dernier mot ». Une manifestation d’envergure est prévue à Londres ce samedi afin de défendre un « vote du peuple ».
Ce n’est pas fini. (Version originale anglaise par Sarah Collins)