Même en termes diplomatiques, la situation reste confuse et nous devrons nous contenter de la déclaration suivante : « une voie à suivre vers un possible accord ».
Les responsables politiques et commentateurs aiment analyser l’« atmosphère générale » qui règne lors des grands événements, en particulier en l’absence de détails ou de contenu. Et l’atmosphère a résolument changé depuis la semaine passée, lorsque l’UE a rejeté le dernier plan du Royaume-Uni pour tenter de maintenir ouverte la frontière irlandaise. Pas plus tard que mardi, selon des sources du gouvernement britannique, un accord semblait « impossible », suite à un entretien téléphonique musclé entre les dirigeants britannique et allemand (et la querelle consécutive relative à un poster Leave.EU xénophobe) (EUROPE 12344/17).
Vendredi, Phil Hogan, le commissaire européen à l’Agriculture, s’est déclaré « prudemment optimiste ». Cette semaine, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, a expliqué aux députés européens qu’un accord sera « difficile, mais toujours possible » (EUROPE 12345/5). Même le président du Conseil européen, Donald Tusk (qui était prêt à renoncer à tout espoir si aucune avancée ne pouvait être réalisée avant aujourd’hui), a déclaré avoir « reçu des signaux prometteurs » du Premier ministre irlandais, Leo Varadkar. Mais M. Tusk a également adressé une mise en garde : « Bien sûr, il n’y a aucune garantie de succès et le temps prévu est pratiquement écoulé », a-t-il ajouté à l’attention des journalistes présents à Chypre, ce matin. « Mais la moindre chance doit être saisie ».
Le problème est que le contenu n’a pas changé. Aucune partie n’a renoncé aux limites qu’elle s’était fixées. La proposition du Royaume-Uni, qui entend sortir l’Irlande du Nord de l’union douanière, mais la laisser soumise aux droits de douane et normes de produits de l’UE (tant qu’elle dispose de la liberté d’y adhérer ou de s’y soustraire), a été accueillie avec scepticisme par l’UE. Des responsables européens comparent cette option au fait de demander à l’UE d’adapter son code douanier en vigueur depuis de nombreuses années et d’ouvrir une porte dérobée qui faciliterait l’entrée de produits de contrebande sur le marché unique.
L’attention se tourne désormais vers Bruxelles, où le ministre en charge du Brexit, Stephen Barclay, a rencontré M. Barnier vendredi matin. Selon M. Varadkar, « il est possible de trouver une base pour mener des négociations intensives ». Il attend dès lors des « propositions plus détaillées » de la part du Royaume-Uni, avant un sommet décisif des dirigeants de l’UE jeudi prochain. « Moins on en dit, mieux c’est », a-t-il lancé aux journalistes lors d’un événement organisé à Dublin, vendredi matin ; une expression que les observateurs expérimentés de Bruxelles interpréteront comme « nous sommes proches d’un accord ».
Des analystes du groupe Eurasia estiment qu’il y a « très peu de chances » de conclure un accord avant le sommet de l’UE de la semaine prochaine. Ils ajoutent qu’un deuxième sommet, ainsi qu’une extension du Brexit, « ne fût-ce que 'technique' pour ratifier un accord », sont presque inévitables et seront suivis par des élections législatives au Royaume-Uni.
Entretemps, le Parlement britannique reprendra ses travaux, lundi (après une interruption d’une semaine), et siégera pour une session spéciale, samedi prochain, 19 octobre (une échéance fixée par la loi et prescrite par des députés désireux d’éviter un no-deal). C’est la première fois qu’une séance aura lieu lors d’un week-end depuis la guerre des Malouines, au début des années 1980. (Version originale anglaise par Sarah Collins)