Comme la presse britannique l’avait anticipé, la Première ministre, Theresa May, a annoncé sa démission, vendredi 24 mai lors d’une allocution matinale devant sa résidence du '10, Downing Street'. Ce départ sera effectif le 7 juin, notamment après la visite d’État au Royaume-Uni du président américain, Donald Trump.
La Commission européenne a réagi rapidement à cette annonce. Son président Jean-Claude Juncker a suivi cette annonce « sans joie personnelle », a rapporté Mina Andreeva, porte-parole de l’institution. Il « respectera et établira une relation de travail avec tout nouveau Premier ministre, quel qu’il soit, sans stopper ses échanges avec Mme May », a-t-elle ajouté.
De son côté, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’Union européenne pour le Brexit, a exprimé son « plein respect pour Theresa May et sa détermination, en tant que Première ministre, à travailler en faveur d’un retrait ordonné » du Royaume-Uni de l'Union européenne.
Après trois ans passés à la tête du pays, Mme May était visiblement émue lors de son discours. « J’ai négocié les termes de notre départ [de l’UE]. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour convaincre les députés de soutenir cet accord », a-t-elle indiqué. Et d'ajouter : « Malheureusement, je n’y suis pas parvenue. Il m’apparaît à présent clairement qu’il est dans l’intérêt du pays qu’un nouveau Premier ministre conduise cette tâche. » Selon elle, son successeur « devra aboutir à un consensus » qui sera possible « seulement si, des deux côtés du débat, on accepte un compromis ».
Ce départ n’est pas une surprise, la dirigeante britannique ayant déjà promis aux membres du parti conservateur, qui la mettaient sous pression depuis des mois, qu’elle quitterait ses fonctions. Initialement, cela devait se faire dans la foulée d’un quatrième vote à la Chambre des communes sur l'accord sur une sortie ordonnée de l’UE. Le départ de Mme May étant fixé au 7 juin, la tenue de ce vote tombe également.
Dès le 10 juin, s’ouvrira la course à la présidence du parti Tory, et donc au poste de Premier ministre, qui pourrait durer six semaines. L'ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, part favori – même si dix-sept candidats au total seraient intéressés comme Rory Stewart, Jeremy Hunt, Michael Gove ou encore Sajid Javid.
À Paris, la présidence de la République se tient prête à travailler avec le nouveau Premier ministre britannique. « Notre relation avec le Royaume-Uni est essentielle dans tous les domaines. Il est trop tôt pour spéculer sur les conséquences de cette décision. Les principes de l’UE continueront à s’appliquer, notamment la priorité à préserver le bon fonctionnement de l’UE, ce qui nécessite une clarification rapide », a-t-on indiqué à l'Élysée. Et d'ajouter : « Cela doit aussi rappeler, dans un moment de choix important, que les votes de rejet sans projet alternatif conduisent à une impasse. »
Lors du dernier sommet européen consacré au Brexit, le président français Emmanuel Macron avait plaidé, début avril, pour une extension du délai de négociation plus courte que celle finalement accordée au Royaume-Uni par les Vingt-huit (EUROPE 12233/1).
Mme May attendue à Bruxelles le 28 mai
Mme May devrait assister, mardi 28 mai à Bruxelles, au sommet européen extraordinaire destiné à analyser à chaud les résultats des élections européennes. Le Royaume-Uni étant toujours un État membre, il prend part aux discussions sur les nominations aux hautes fonctions européennes.
Il est possible que le dossier du Brexit s'invite dans les discussions.
Mais les Européens ont à nouveau été clairs, vendredi : l’accord de retrait déjà rejeté trois fois par le Parlement britannique ne sera pas rouvert à la négociation.
Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, dont le pays s'est rendu aux urnes vendredi pour le scrutin européen, a confirmé que l’UE n’offrirait pas un meilleur accord au futur Premier ministre britannique. « De mon point de vue, je n'envisage pas que l’UE offre à un nouveau Premier ministre un accord meilleur ou très différent de celui proposé à Theresa May », a-t-il indiqué. « Cette idée qu'un nouveau Premier ministre sera un négociateur plus dur et obtiendra un bien meilleur accord pour la Grande-Bretagne ? Ce n’est pas comme ça que l’UE fonctionne », a-t-il insisté.
À ce jour, la sortie du Royaume-Uni de l'UE est prévue au plus tard le 31 octobre, à moins que les députés britanniques valident d'ici là l'accord de retrait. (Solenn Paulic)