L’UE va maintenant « faire une pause » dans le processus du Brexit et pouvoir se concentrer « sur son agenda positif », a indiqué, jeudi 11 avril, le porte-parole de l’institution, Margaritis Schinas, commentant le résultat « satisfaisant » du sommet du 10 avril.
Un sommet extraordinaire qui a amené les Vingt-sept à octroyer une extension de six mois au Royaume-Uni pour lui permettre de faire passer au Parlement l’accord de retrait et la déclaration politique sur les futures relations (EUROPE 12233/1). En vertu de ce compromis, le Royaume-Uni restera membre de l’UE jusqu’au 31 octobre, sauf s’il ratifie avant cette date le projet de retrait, auquel cas, il sortira le premier jour du mois suivant cette étape.
Dans tous les cas, cependant, le pays sera obligé d’organiser des élections européennes s’il est encore membre de l’UE après le 22 mai. Une situation un peu « curieuse », a concédé Jean-Claude Juncker la veille au soir, « mais c’est la règle ».
Ce résultat est d’autant plus satisfaisant pour la Commission qu’il acte qu’il « n’y aura pas de renégociation de l’accord pendant la période d’extension », a ajouté Margaritis Schinas. L’unité des Vingt-sept a par ailleurs été « préservée », alors que le front s’est un peu fissuré dans la nuit entre la France, partisane d’une extension limitée, avec quelques autres pays, et les pays réunis derrière l’Allemagne, qui ont préféré jouer la durée.
Pour Leo Varadkar, le Premier ministre irlandais, ce compromis a permis de « donner du temps au Royaume-Uni de trouver un accord avec le Parti travailliste ». L’UE « n’est pas une prison », a-t-il dit par ailleurs, mais elle est « aussi une maison et on ne va mettre personne dehors ».
Theresa May devait en tout cas s’exprimer devant la Chambre des communes ce jeudi 11 avril. Pour sa part, le négociateur de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, qui devrait donc, en théorie, encore piloter le processus de sortie jusqu'à la veille de l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne, a rencontré à Bruxelles jeudi matin la dirigeante du DUP, le parti nord-irlandais allié de Mme May.
Selon les médias britanniques l'ayant rencontrée, Mme Foster aurait notamment réitéré à M. Barnier le fait qu’une solution doit toujours être trouvée sur le fameux ‘filet de sécurité’ irlandais que les Vingt-sept se refusent à modifier au même titre que l’accord de retrait.
Est-ce à dire que la question de la renégociation de cet accord sera, malgré tout, remise sur la table pendant l’extension, soit par le gouvernement May, soit par un gouvernement dirigé par un autre leader politique ? Du côté des groupes du PE ayant pris position dans la nuit, cela ne semblait pas être une préoccupation trop importante. Le groupe des Verts/ALE a salué l’accord qui évite une catastrophe ce 12 avril et « le réalisme politique » qui le sous-tend. Et quand bien même, « à l’évidence », une appartenance prolongée du pays à l’UE crée des « risques pour le bon fonctionnement de l’UE », elle crée aussi des « opportunités pour tous ceux au Royaume-Uni, y compris les Verts, qui veulent augmenter la pression politique pour un second référendum ». (Solenn Paulic et la rédaction)