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Bulletin Quotidien Europe N° 12210
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Mauvaise communication

À exactement trois semaines du jour du Brexit, l’UE et le Royaume-Uni ont une « dernière chance » de sceller un accord. Mais suite à des entretiens houleux à Bruxelles, aux appels désespérés lancés depuis Grimsby et aux bourdes ahurissantes commises à Londres, la situation semble difficile à débloquer. 

Voici ce que nous savons pour l’instant : les discussions entre les négociateurs européens et britanniques (au niveau des négociateurs adjoints) se poursuivront au cours du week-end, alors que dimanche soir marquera la dernière limite pour trouver un terrain d’entente avant la tenue d’un vote au Parlement britannique, mardi. Les négociations sont toujours bloquées au sujet du protocole nord-irlandais, un « filet de sécurité » destiné à maintenir la frontière ouverte avec l’Irlande si les négociations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni devaient s’éterniser.

Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE, a déclaré vendredi qu’il avait présenté aux Britanniques une «déclaration interprétative» qui leur permet de sortir de manière unilatérale de la partie relative aux douanes de la solution de sécurité (mais qui lie toujours l’Irlande du Nord aux règles du marché unique). 

Le procureur général britannique, Geoffrey Cox, qui était à nouveau à Bruxelles pour participer aux négociations cette semaine, souhaite obtenir l’assurance que le filet de sécurité est temporaire afin de pouvoir revenir sur son avis juridique formulé l’année dernière et fournir aux partisans du Brexit et au Parti unioniste démocrate la garantie dont ils ont besoin pour céder et voter en faveur de l’accord. Malheureusement, sa solution (arbitrage autorisant le Royaume-Uni à mettre fin unilatéralement au filet de sécurité) et la manière utilisée (il a laissé entendre que le filet de sécurité enfreignait les droits civils des Nord-Irlandais) ont agacé ses collègues européens et sa venue controversée à Bruxelles, vendredi, a été annulée. 

Quant au Premier ministre britannique, Madame Theresa May, elle s’est rendue vendredi dans la ville de Grimbsy, qui s’était prononcée en faveur du Brexit, pour adresser un message de « dernière chance » à toutes les parties concernées. Et bien qu’elle y ait déclaré que les décisions de l’UE auront un « impact important sur le résultat du vote », son discours s’apparentait davantage à un appel aux responsables politiques britanniques, de tous les partis, à voter en faveur d’un accord la semaine prochaine – ou de prendre le risque que « nous pourrions ne jamais quitter l’UE »

Et les responsables de l’UE craignent toujours que leur dernière offre – que Bloomberg a qualifiée de « version renforcée d’un mécanisme de révision pour le filet de sécurité » – ne suffise pas à satisfaire les députés avant le vote de la semaine prochaine. Le gouvernement a perdu le dernier vote en janvier par 432 voix contre 202, ce qui signifie que Mme May doit convaincre près de 120 députés de changer d’avis cette fois (EUROPE 12172/1). Selon des analystes d’Eurasia group, les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Si, comme attendu, elle perd le vote, la suite de son plan en trois parties sera activée : un vote afin de se prononcer pour ou contre une sortie sans accord et, ensuite, un autre vote pour accepter ou non de reporter le jour du Brexit (EUROPE 12204/20). 

Autre chose : malgré toute l’attention politique portée à l’Irlande du Nord, le pays a été relégué au second plan par le Brexit. Selon un sondage spécial Irish Times/Ipsos MRBI, 59 % des répondants en Irlande du Nord voteraient en faveur du maintien dans l’UE lors d’un second référendum et le même pourcentage de personnes refuse les contrôles à la frontière avec l’Irlande (même si cela signifie des contrôles sur les biens qui entrent et sortent de Grande-Bretagne). 

Nous avons également assisté à un scandale cette semaine, après que la ministre britannique pour l’Irlande du Nord, Karen Bradley, a déclaré que les meurtres commis par des membres des forces de sécurité britanniques durant les Troubles n’étaient « pas des crimes ». Le journal The Guardian a évoqué cette situation dans un éditorial cinglant, en l’assimilant à la « culture de la négligence envers l’Irlande du Nord qui a alimenté la débâcle du Brexit ». 

Un échange tenu cette semaine entre un journaliste de BBC Radio 4 et la ministre française chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, illustre le fossé entre les deux parties. La conversation était absurde, répétitive et donnait à peu près ceci : « Nous dirigeons-nous vers une absence d’accord ? (La balle est dans votre camp, nous sommes prêts.) Qu’en est-il d’un report du Brexit ? (Uniquement s’il existe une bonne raison de le reporter.) Pouvons-nous modifier le filet de sécurité ? (Cette version était votre idée !) Qu’en est-il d’une union douanière ? (Faites-nous une proposition durable). » 

Comment les citoyens peuvent-ils espérer résoudre ces questions complexes comme les régimes douaniers après le Brexit pour une ancienne zone de guerre alors que tant d’incompréhension et de malentendus subsistent ? (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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