Les besoins humanitaires de la population syrienne, ceux des réfugiés syriens et de leurs communautés d’accueil dans les pays hôtes et le soutien aux efforts des Nations Unies pour contribuer à une solution politique durable en Syrie seront au cœur de la conférence internationale Bruxelles III de 'Soutien à la Syrie et la région', du 12 au 14 mars à Bruxelles. Les contributions de la société civile, lors d'une journée et demie de dialogue (12 et 13 mars), nourriront la conférence ministérielle du 14 mars.
L'objectif de cette conférence, coprésidée par l'UE et les Nations Unies, et la troisième à se tenir dans la capitale belge, est de mobiliser la communauté des donateurs pour répondre aux appels de dons de l'ONU, de « continuer à soutenir la population syrienne et de mettre la population au centre de l'attention internationale », indiquait, vendredi 8 mars, un haut fonctionnaire de l'UE.
À l’heure où la guerre entre dans sa neuvième année, plus de 85 pays et organisations régionales sont attendus au segment ministériel de la conférence pour débattre de tous les aspects de la crise syrienne – politique, humanitaire et développement régional. Aucun représentant du régime syrien ou de l’opposition ne sera présent.
« Nous avons déjà eu des échanges avec le nouvel Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, sur le fait que nous voulons faire de cette conférence, non seulement une conférence de donateurs, mais aussi un moyen d’identifier comment nous pouvons soutenir une transition politique en Syrie et le rôle à jouer par les Nations Unies à cet égard », souligne la Haute Représentante dans un communiqué pour résumer les enjeux.
Comme tous les ans, la conférence sera donc l’occasion de discuter de la situation politique en Syrie, alors que le régime a repris la quasi-totalité du pays et que les combats se poursuivent pour supprimer la toute dernière poche tenue par l’organisation État islamique.
Les Européens devraient rappeler qu'ils soutiennent une solution politique qui garantira une stabilité durable en Syrie, qu’ils ne participeront pas à la reconstruction du pays sans une transition politique et que le moment n’est pas venu de normaliser les relations avec le régime syrien. « Il n’y a pas de mouvement du régime qui mérite un mouvement de notre part », a précisé une source européenne. Certains pays du Golfe ont rouvert leurs ambassades à Damas et certaines grandes puissances, telles que la Chine, la Russie ou l’Iran commencent à investir dans la reconstruction du pays. La question de la reddition des comptes devrait aussi être soulevée.
Selon une source européenne, la conférence pourrait être l’occasion pour la communauté internationale de réagir aux cinq priorités mises en avant par le nouvel envoyé spécial. Fin février, M. Pedersen a présenté au Conseil de sécurité des Nations Unies son plan : approfondir son dialogue avec le gouvernement syrien et l’opposition, œuvrer pour une action plus concrète sur la question des détenus et des personnes enlevées ou portées disparues, impliquer davantage la population aux efforts de paix, convoquer un comité constitutionnel « crédible » dès que possible et aider les parties internationales à renforcer leur dialogue pour déboucher sur une solution politique crédible et durable.
La conférence permettra aussi de réaffirmer, une fois de plus, le soutien politique et financier de la communauté internationale aux voisins de la Syrie, en particulier le Liban, la Jordanie et la Turquie, mais aussi l'Irak et l'Égypte. La question du retour des réfugiés, souhaité dès maintenant par plusieurs pays hôtes, mais considéré par l’ONU – et donc l’UE – comme prématuré, pourrait aussi être abordée.
L'UE va poursuivre son soutien financier
La conférence des donateurs portera sur des engagements de dons pour 2019 afin de répondre aux besoins énormes. 11,7 millions de personnes nécessitent une aide humanitaire urgente (santé, nutrition, abris, eau, protection), 2,1 millions d'enfants sont déscolarisés, plus de 6 millions de personnes sont déplacées dans le pays ; au total, 13 millions de personnes ont besoin d'assistance et les pays d'accueil des réfugiés ont besoin de davantage de moyens.
Depuis le début de la crise, en 2011, l'UE et ses États membres ont engagé 17 milliards d'euros (dont plus de 7 milliards du budget de l'UE) d'aide humanitaire et à la résilience pour la Syrie et les pays voisins les plus affectés (Jordanie, Liban, Turquie, Irak et Égypte). Le montant qu'annoncera l'UE sera « très important et permettra à l'UE de demeurer de loin l'un des plus gros bailleurs de fonds », indiquait une source vendredi.
Le rapport de suivi des engagements, publié le 8 mars par la coprésidence de la conférence Bruxelles III, est encourageant. Il montre que la communauté internationale a dépassé de 38 % les promesses initiales faites à la conférence des donateurs de l'an dernier (EUROPE 12009/17). Alors que les donateurs avaient promis 4,3 milliards de dollars (3,5 milliards €) pour l'année 2018, les engagements atteignaient, fin 2018, 6 milliards de dollars (5 milliards €).
Pour la période 2019-2020, les donateurs avaient déjà, en février 2019, mobilisé 1,7 milliard de dollars (1,4 milliard €), soit 49 % des engagements (3,5 milliards de dollars ou 2,9 milliards €). Quant aux prêts promis aux pays d'accueil des réfugiés pour 2018-2019, ils ont atteint 16,4 milliards de dollars (13,7 milliards €), soit 77 % de l'objectif visé (21,2 milliards de dollars ou 17,2 milliards €).
La société civile à l'honneur
En amont de la conférence ministérielle, la société civile – ONG syriennes et internationales – se réunira donc les 12 et 13 mars au Parlement européen, à Bruxelles, pour discuter : - de l’autonomisation économique et civique de la jeunesse ; - des déplacements forcés de population et des solutions globales à apporter ; - de la reprise socio-économique des pays d'accueil des réfugiés ; - de la protection des populations ; - de la justice et la cohésion sociale en Syrie ; - de l’éducation et la protection des enfants. Plus de 1 000 participants sont attendus.
De plus, le 12 mars, l’UE accueillera le 'Syria Digital Lab', qui explorera la manière dont les solutions numériques peuvent être développées pour soutenir la Syrie et son peuple, renforcer la citoyenneté et la société civile, encourager l'esprit d'entreprise et impliquer les jeunes et les femmes.
Le 14 au matin, un petit déjeuner sur le thème 'Garantir la justice et une paix durable en Syrie' sera également organisé à l’initiative de neuf États membres (Allemagne, Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Finlande, Slovénie et Suède), du Liechtenstein et de la Suisse. À cette occasion, la Suède pourrait réitérer son idée d’un tribunal international pour juger les combattants étrangers qui ont combattu aux côtés du groupe de l'État islamique en Syrie.
Pour voir le rapport du suivi des engagements : https://bit.ly/2H8inka. (Aminata Niang et Camille-Cerise Gessant)