À trois mois des élections européennes, les eurodéputés s'interrogent sur le meilleur moyen d'assurer l'équilibre homme-femme lors du prochain scrutin. Réunis en commission 'droit des femmes et égalité des genres', mardi 26 février, ils ont évoqué avec l'Alliance et le Lobby européen des femmes les résultats d'une étude publiée la veille qui montre qu'aujourd'hui, à peine plus d'un tiers du Parlement européen est composé de femmes.
La situation actuelle
Comme principe général, l'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) recommande que la représentation des femmes et celle des hommes dans des instances telles que le Parlement européen ne soient pas inférieures à 40 %. C'est aussi l'un des objectifs de la Commission européenne, qui s'est engagée à atteindre un taux de 40 % de femmes parmi ses cadres supérieurs et moyens d’ici 2020.
Or, une étude du Parlement européen montre qu'on est loin du compte puisqu'au lendemain des élections européennes de 2014, seuls 36,9 % des députés étaient des femmes. Ce taux a même légèrement diminué en avril 2018 pour atteindre 36,2 %, avec pour corollaire qu'à cette date (printemps 2018), seuls sept États membres - Croatie, France, Irlande, Malte, Espagne, Suède et Royaume-Uni - sur vingt-huit pouvaient se prévaloir d'un certain équilibre entre les sexes parmi leurs eurodéputés, soit entre 40 et 60 % de femmes parlementaires.
Les autres institutions européennes ne font pas beaucoup mieux, notent les chercheurs d'Opcit, l'institut de recherche britannique qui a réalisé l'enquête pour le compte du Parlement. Sur un total de 246 postes de haut rang, seulement 57 (23,2 %) sont occupés par des femmes. Dans dix des treize institutions européennes examinées, la majorité des postes de responsabilité sont occupés par des hommes. Les trois institutions et organes à faire exception sont le Service européen d'action extérieur, le Médiateur européen et le Comité économique et social européen. Dans les 53 directions générales de la Commission européenne, seuls 26 % des postes de direction sont occupés par des femmes.
Des quotas contraignants ?
Face à ces résultats peu concluants, les chercheurs recommandent aux États à la traîne d'« envisager d'instaurer des quotas contraignants (50 %) avec une alternance homme-femme tout au long de la liste et des sanctions juridiques en cas de non-respect, sous forme de rejet des listes de partis ». Ils suggèrent aussi aux États membres de prévoir, ou de développer, des fonds réservés aux campagnes des candidates femmes et au développement des capacités des femmes.
Le Lobby européen des femmes (LEF), à l'origine de la campagne « 50/50 : l'Europe pour les femmes, les femmes pour l'Europe », plaide également pour la parité des sexes au sein du Parlement européen et des autres institutions européennes. Toutefois, comme le notent les chercheurs, l'organisation n'a par contre pas de position arrêtée sur des quotas contraignants ou un lien entre le financement des partis et l'égalité des sexes.
Rappelons, bien qu'il ne s'agisse pas de politique, qu'une proposition législative visant à instaurer des quotas dans les conseils d'administration des sociétés cotées en bourse est actuellement bloquée au Conseil, même si la Présidence roumaine planifie un groupe de travail mi-avril (EUROPE 12184).
Une série de nominations masculines
Sur Twitter, la députée Sophie in't Veld (ALDE, néerlandaise) a déploré que la commission des affaires économiques ait reçu des listes exclusivement masculines pour les hauts postes de la Banque centrale européenne, l'Autorité bancaire ou encore du Conseil de résolution unique. Un point de vue partagé par la députée Pervenche Berès (S&D, française), qui a dit regretter la désignation de Philip Lane au directoire de la Banque centrale européenne (voir autre nouvelle). (Sophie Petitjean)