L’ambassadeur américain auprès de l'UE, Gordon Sondland, a mis en garde une nouvelle fois, vendredi 7 décembre, les Européens contre de possibles mesures supplémentaires si les relations commerciales UE/États-Unis n’étaient pas rééquilibrées (EUROPE 12119).
« À un moment ou à un autre, et ce moment arrivera plus tôt que tard, les États-Unis feront ce qu'ils ont à faire pour rééquilibrer les relations commerciales, volontairement ou involontairement », a-t-il confié à un trio de journalistes, dont EUROPE. L'ambassadeur a estimé à 150 milliards de dollars le déficit américain vis-à-vis de l'UE.
Si Européens et Américains négocient sur les questions commerciales et que les discussions entre le négociateur américain, Robert Lighthizer, et la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, se poursuivent, jusqu’ici elles n’ont abouti à « aucun résultat positif », selon M. Sondland. « Il n’y a pas eu de progrès substantiels sur le plan commercial », a-t-il ajouté. La Commission, de son côté, a récemment souligné des avancées (EUROPE 12137).
« Le président [américain Donald Trump] est bien conscient de l'absence de progrès et perd patience. Nous utiliserons les moyens de notre choix. Et au moment de notre choix », a expliqué l'ambassadeur. « Si le président s'engageait dans une bataille économique avec l'UE, le déficit commercial serait probablement réglé très rapidement. Il essaie d'éviter cela pour des raisons évidentes, mais s’il est forcé, il a toutes les options sur la table », a-t-il souligné.
Selon le représentant américain, la situation est pourtant facile à régler. « Tout ce qu'il faut, c'est un peu de collégialité, de gentillesse et de flexibilité. Jusqu'à présent, l'UE ne m'a montré aucune de ces trois qualités », a-t-il regretté.
Ainsi, l’ambassadeur a appelé l’UE à agir sur ses barrières non tarifaires, rappelant que les États-Unis, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, avaient aidé financièrement l’Europe. « Nous avons donc droit à un peu de considération quand nous demandons que certaines de ces barrières non tarifaires, certaines de ces subventions [...] qui existent, conçues exclusivement pour exclure les entreprises américaines d'Europe, soient assouplies ou éliminées afin qu'une partie de ce déficit commercial puisse commencer à diminuer », a-t-il expliqué. « À ce jour, nous n'avons entendu aucune réponse sérieuse de la part de l'UE indiquant que cela se produirait », a-t-il ajouté.
M. Sondland a aussi demandé le renforcement de la convergence règlementaire entre Américains et Européens. « Nos normes sont les plus élevées au monde [...] et l'Union européenne doit clairement reconnaître que si elle veut nous traiter de la même façon qu’elle traiterait un petit pays du tiers monde et nous mettre tous dans la même boîte, nous allons avoir beaucoup, beaucoup de difficultés à résoudre ces problèmes », a-t-il prévenu.
L'UE doit aussi mettre fin à la « prolifération règlementaire », selon le représentant américain. « Plus les règlementations seront nombreuses, plus les négociations commerciales seront difficiles », a-t-il expliqué.
« L'UE est très mercantile et les domaines dans lesquels il y a coopération sont clairement dans leur intérêt de coopérer. Il n'est pas dans leur intérêt de corriger un déséquilibre commercial [...] Il est certainement dans leur intérêt de coopérer en matière de sécurité, car nous avons joué un rôle déterminant dans la collaboration avec nos partenaires européens pour prévenir toutes sortes de tragédies qui auraient pu se produire », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant avec Hermine Donceel)