La Commission européenne a présenté, mercredi 5 décembre, deux documents - une communication générale et une recommandation visant le domaine de l’énergie - en vue de renforcer le rôle de l’euro sur la scène internationale.
« Le renforcement de l’euro permettrait d’accroître la capacité de l’Europe à façonner les grands événements mondiaux […] Ça permettrait aussi à l’UE d’assumer des responsabilités plus importantes au niveau mondial. » C’est en partie par ces mots que Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques et financières, a justifié les deux documents publiés par la Commission européenne sur le renforcement du rôle de l’euro dans le monde, qui seront présentés aux chefs d’État ou de gouvernement de l’UE lors du sommet de la zone euro du 14 décembre.
Cette initiative de l’institution n’est pas une surprise, Jean-Claude Juncker, son président, l’ayant en effet annoncée lors de son discours sur l’état de l’Union, le 12 septembre dernier (EUROPE 12094).
Près de vingt ans après l’introduction de la monnaie unique, il s’agit pour la Commission de rendre cette dernière plus attractive. Impossible, cependant, de forcer des acteurs économiques mondiaux à avoir davantage recours à l’euro, cette décision leur appartenant pleinement. Toutefois, assurer à ces acteurs que la monnaie unique est stable et solide pourrait les inciter à l’utiliser, sans pour autant tenter de détrôner le dollar étatsunien.
En outre, la Commission voit dans le renforcement de la place de l’euro une occasion d’améliorer la résilience du système financier international, l’euro ayant été une des devises les plus stables ces dernières années. Au plan interne, elle estime par ailleurs qu’un tel processus renforcerait la protection des entreprises et des citoyens européens, notamment eu égard aux risques extérieurs.
Approfondir l’UEM. Dans la communication générale, la Commission pointe d’abord la nécessité d’avancer dans les réformes sur l’Union économique et monétaire (UEM). « La première chose est de faire notre travail et de compléter l’architecture de l’UEM », a ainsi déclaré Valdis Dombrovskis, le commissaire chargé de l’Euro et du dialogue social.
Les travaux en la matière et ceux sur l’Union bancaire ainsi que sur l’Union des marchés de capitaux sont essentiels pour l’institution, afin de solidifier l’actuel cadre financier et économique. Elle attend donc que ses propositions en la matière se concrétisent.
La date de publication de ce document est pertinente, les dirigeants de l’UE devant se pencher sur l’approfondissement de l’UEM et le parachèvement de l’Union bancaire lors du sommet de la zone euro le 14 décembre, sur la base des travaux de l’Eurogroupe (EUROPE 12152).
La Commission souhaite également renforcer les infrastructures des marchés financiers européens ou encore que davantage de titres de créance libellés en euros soient émis dans l’UE.
Recommandation sur l’énergie. La Commission a également présenté une communication sur le recours plus large à l’euro dans le cadre des marchés internationaux de l’énergie.
Elle constate d’abord que la facture énergétique de l’UE atteint, depuis plusieurs années, 300 milliards d’euros par an. Cependant, 85 % des contrats de long terme sont libellés en dollars, comme l’a fait remarquer Miguel Arias Cañete, le commissaire au Climat et à l’Énergie.
Pour la Commission, un plus grand recours à l’euro permettrait aux entreprises européennes de bénéficier de plus d’autonomie et d’être moins exposées aux actions en justice intentées par des juridictions émanant de pays tiers.
La Commission précise par ailleurs qu’elle s’apprête à mener des consultations dans divers domaines (énergies, matières premières, transports) et qu’elle présentera ses résultats à l’été 2019. (Lucas Tripoteau)