Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, a annoncé, vendredi 19 octobre, à l’issue du sommet UE-Asie (ASEM), que les 53 délégations représentées s’étaient « engagées à renforcer le multilatéralisme à différents niveaux et dans plusieurs secteurs », notamment la lutte contre le changement climatique, le libre-échange et la numérisation.
Dans les conclusions de la Présidence, les dirigeants rappellent que l’ASEM est « la principale plate-forme permettant à l'Europe et à l'Asie de renforcer le dialogue, d'encourager la coopération, y compris sur le multilatéralisme, et de relever ensemble les défis mondiaux ».
« L'évolution récente de la situation internationale a renforcé la pertinence de l'ASEM en tant que pierre angulaire d'un multilatéralisme efficace et d'un ordre international fondé sur des règles, ancrée dans le droit international et dont l'ONU est au cœur », ajoute la déclaration.
Preuve de l'intensité des relations, les dirigeants, dans la déclaration, mettent en avant leur intérêt partagé à renforcer la connectivité durable entre l’Asie et l’UE via les trois piliers de l’ASEM – défis politiques et sécuritaires, partenariat pour les défis économiques et financiers et liens culturels et sociaux - « comme un moyen de rapprocher les pays, les peuples et les sociétés ».
Politique étrangère et de sécurité
Devant la presse, la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a mis en avant le travail commun sur la sécurité, les priorités des programmes de politique étrangère et le renforcement de la coopération en matière de sécurité internationale et régionale.
Dans la déclaration, les dirigeants s'engagent à renforcer leur collaboration dans le cadre de l'ASEM pour lutter contre la radicalisation conduisant à la violence, le terrorisme et la criminalité transnationale. Ils préviennent cependant que les mesures prises doivent respecter, notamment, les droits de l'homme.
Les dirigeants s’engagent également à la coopération ASEM dans le domaine des technologies de l'information et de la communication (TIC) et de la connectivité numérique, rappelant « la nécessité d'un environnement TIC ouvert, sûr, stable, accessible et pacifique ». S'il importe de lutter contre les cybermenaces, de prévenir l'utilisation potentielle des TIC à des fins criminelles ou terroristes, il est nécessaire de protéger les droits de l'homme, les libertés en ligne et la protection de la vie privée et des données, ajoutent-ils.
« Nous reconnaissons les défis et opportunités posés par la migration et la nécessité de travailler ensemble à une réponse mondiale et efficace », a expliqué le président du Conseil européen, Donald Tusk, lors de la cérémonie de clôture. Pour enrayer la migration irrégulière, les dirigeants plaident pour « une réponse internationale globale, fondée sur la solidarité, une plus grande responsabilité mondiale et des actions communes coordonnées, y compris l'obligation pour tous les pays de réadmettre leurs propres citoyens, et des voies de migration régulière convenues, dans le respect des compétences nationales ».
La déclaration aborde également les moyens pour promouvoir et renforcer la coopération sur les questions de paix et sécurité d'intérêt et de préoccupation communs, notamment l'Afghanistan, la Syrie, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Ukraine. Ils soulignent leur détermination à faire respecter le régime mondial de non-prolifération et rappellent l'importance de la sûreté nucléaire.
Iran, Birmanie, Corée du Sud
La déclaration revient plus particulièrement sur la péninsule coréenne, l’Iran et la Birmanie. Les dirigeants saluent les efforts de la Corée du Sud et les autres initiatives diplomatiques pour instaurer une paix et une stabilité durables dans la péninsule, appelant la Corée du Nord à démanteler complètement, de manière vérifiable et irréversible, toutes ses armes nucléaires et autres armes de destruction massive, ses missiles balistiques et ses programmes et installations connexes. « Nous nous engageons ensemble - Europe et Asie - à faire des négociations un succès et à les accompagner de la meilleure manière possible », a expliqué Mme Mogherini.
Sur l’Iran, l’ASEM réitère son soutien aux efforts diplomatiques et au plan d'action global conjoint, y compris concernant la levée des sanctions. « Préserver l'accord nucléaire avec l'Iran est une question de respect des accords internationaux et de promotion de la sécurité, de la paix et de la stabilité internationales », ajoute la déclaration.
Le conflit dans l’État de Rakhine en Birmanie, et la situation des Rohingyas, qui ne sont jamais nommés explicitement, est aussi discuté. « Il importe de trouver une solution globale et durable pour s'attaquer aux causes profondes du conflit dans l'État de Rakhine », précise la déclaration. Les dirigeants soulignent la nécessité de créer des conditions propices au retour et à la réintégration sûrs, volontaires, dignes et durables des personnes déplacées dans l'État de Rakhine. Ils rappellent aussi l’importance de la reddition des comptes, sans entrer dans les détails, et expriment leur soutien à « l'instauration de la paix, de la stabilité, de l'État de droit et de la réconciliation entre les diverses communautés et au développement durable et équitable de l'État de Rakhine ».
Soutien à l’OMC
Dans leur déclaration, les dirigeants de l’ASEM rappellent leur attachement au multilatéralisme et à une économie globale ouverte et régulée, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en étant le pilier. Nous avons besoin d’un libre-échange libre et équitable, qui profite à tous les participants, a résumé M. Kurz.
Si le principe de réformer l’architecture et le fonctionnement de cette Organisation est généralement acquis par les partenaires de l’ASEM, des divergences existent quant à l’ampleur de cette rénovation, que l’UE aimerait ambitieuse – entreprises d’état, subsides (EUROPE 12098) - ce qui ne plaira pas à tous ses partenaires asiatiques.
Selon des sources européennes, la terminologie de « modernisation » proposée par les Européens a été remplacée par le terme « réforme » à la demande chinoise – impliquant de s’attaquer davantage à l’architecture et aux mécanismes qu’à l’éventail des sujets couverts. L’UE souhaiterait que Pékin s’engage sur des réformes sur les subventions et le rôle de ses entreprises d’État.
La Chine en question
La commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a d'ailleurs rencontré le ministre du Commerce chinois, Zhong Shan, pour discuter de ce point. Leur entretien a également porté sur d’autres éléments importants de leur relation commerciale, tels les négociations bilatérales en cours sur les investissements, le problème des surcapacités de certains secteurs chinois – dont l’acier et l’aluminium - et le rôle des entreprises d’État. « Il est important que les entreprises de l'UE puissent opérer dans un environnement ouvert et non discriminatoire en Chine », a-t-elle souligné dans un tweet après la rencontre.
Les partenaires de l’ASEM soutiennent également la nécessité de renforcer et recentrer leur relation commerciale. Trois accords de libre-échange entre les deux régions sont d’ailleurs sur les rails (EUROPE 12119).
Vietnam
Les accords commerciaux avec le Vietnam, récemment adoptés par la Commission, mais non encore signés, devront sans doute encore attendre. Les chances que les parlementaires européens valident ces traités avant la fin de cette législature paraissent extrêmement faibles, en raison surtout du bilan plus que contrasté de Hanoï en matière de droits de l’homme (EUROPE 12115). La rencontre bilatérale entre le ministre du Commerce vietnamien, Trân Tuân Anh, et Mme Malmström a permis à cette dernière de revenir sur les moyens d’améliorer les perspectives de mise en œuvre de l’accord de libre-échange et l’accord de protection des investissements.
Japon et Singapour
Quant aux deux autres traités - l’accord de partenariat économique avec le Japon, d’une part (EUROPE 12064), et les accords de commerce et d’investissement avec le Singapour, d'autre part -, les paris sont ouverts quant à la probabilité de leur approbation par les eurodéputés dans les prochains mois. Si l’accord avec le Japon est sans doute trop important pour les intérêts économiques européens pour dérailler ('too big to fail'), des observateurs notent que certains députés à la gauche de l’échiquier politique pourraient, en contrepartie, s’opposer à celui avec Singapour (voir autre nouvelle).
Les dirigeants soulignent aussi l’importance de renforcer la coopération ASEM dans l’investissement et le commerce transfrontaliers et de poursuivre les efforts structurels en vue d'une intégration économique plus poussée, tant au niveau régional que mondial. Ils reconnaissent aussi la nécessité de travailler ensemble pour trouver des solutions aux défis liés à l'expansion rapide de l'économie numérique et des technologies de l'information et de la communication, notamment au niveau de la fiscalité.
Travail en commun sur le climat
La question du climat a été abordée dans le cadre des défis mondiaux à relever conjointement. « C'est en agissant ensemble que nous pourrons préserver notre planète », avait souligné le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à l’ouverture du sommet. M. Kurz, pour sa part, a insisté, à la clôture, sur la nécessité que « nous respections tous nos engagements ».
Dans leur déclaration finale, dirigeants européens et asiatiques reconnaissent que le changement climatique est un grave défi dont l’impact dramatique se fait ressentir dans le monde entier, ainsi que la nécessité d’une action urgente et efficace de tous les pays, conformément aux exigences de l’Accord de Paris. Ils notent que le dernier rapport spécial du GIEC a confirmé sans équivoque l’impact négatif du changement climatique. Les deux parties expriment leur profonde préoccupation à l’égard du fait que les efforts actuels sont insuffisants pour atteindre l’objectif de température de l’Accord de Paris, sans toutefois mentionner l’objectif de 1,5 degré Celsius. Le Conseil européen n’avait pas dit autre chose, la veille à Bruxelles (EUROPE 12120).
Européens et Asiatiques réaffirment leur engagement à s’orienter rapidement vers la pleine mise en œuvre de l'Accord de Paris et d’achever le programme de travail de Paris, lors de la COP 24 à Katowice (Pologne, 2-14 décembre), dans le respect des principes d'équité, de responsabilités communes mais différenciées et de capacités respectives, inscrits dans cet accord universel.
Les dirigeants des deux parties conviennent de coopérer pour renforcer la réponse mondiale au changement climatique par des actions ambitieuses dans un vaste éventail de domaines - énergie propre, énergies renouvelables, efficacité énergétique, technologies à faibles émissions, industrie, transports, agriculture et foresterie. Cette coopération visera aussi la mobilisation des ressources du financement de l'action climatique, la prévention de la déforestation et de la désertification.
Dirigeants européens et asiatiques ont, par ailleurs, confirmé leur engagement à mettre pleinement en œuvre les objectifs universels du développement durable pour l'horizon 2030 et le programme d'action d'Addis-Abeba, en vue d'éradiquer la pauvreté et de construire un avenir durable pour tous. (Hermine Donceel, Camille-Cerise Gessant et Aminata Niang)