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Bulletin Quotidien Europe N° 12062
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The B-word : la newsletter d’Agence Europe sur le Brexit / The b-word

Brexit : évolution ou révolution ?

Le livre blanc du Royaume-Uni a été accueilli en toute simplicité par l’UE, mais l’évolution devra laisser place à la révolution si les parties souhaitent parvenir à un accord (voir EUROPE 12061). Et les Britanniques ne seront pas les seuls à devoir agir.

Tout d’abord, et c’est le plus important, le Royaume-Uni a déclaré qu’il y aurait un livre blanc sur la future relation, et livre blanc il y a eu. Le fait qu’il soit arrivé plus de deux ans après le référendum sur le Brexit n’a cependant pas échappé à Bruxelles.

Pendant ce temps, à Londres, la situation était chaotique. Un débat qui se tenait à la Chambre des Communes a été suspendu tandis que le texte était distribué, voire même jeté dans les airs par certains. Des députés ont ainsi fait part de leur colère de ne pas avoir été consultés à son sujet, contrairement à certains journalistes de Londres et de Bruxelles triés sur le volet.

Sur le continent, les négociateurs de l’UE gardaient leur calme et se préparaient à une (re)lecture du document ce week-end, qui aboutira à une déclaration conjointe lors du Conseil des Affaires générales la semaine prochaine.

Michel Barnier, le négociateur en chef, a déclaré que le bloc « analyserait » le texte britannique, mais que l’UE proposait toujours un accord de libre-échange « ambitieux » et « un partenariat solide en matière de sécurité » avec le Royaume-Uni.

Les députés européens du groupe de pilotage sur le Brexit ont accueilli le texte comme « un pas vers » un futur accord et ont ajouté avec optimisme qu’il « pourrait prendre la forme d’un accord d’association », comme le suggère le livre blanc. Ils ont toutefois mis en garde : il n’est « pas question d’externaliser les compétences douanières de l’UE ».

Cet avertissement semble compromettre l’axe majeur du partenariat économique imaginé par les Britanniques, à savoir une zone de libre-échange UE-Royaume-Uni pour les biens et l’alimentation, avec un « territoire douanier combiné », où ils respecteraient certaines règles de l’UE, percevraient des droits et effectueraient des contrôles sur les produits au nom du bloc.

Un haut fonctionnaire de l’UE a avancé que le livre blanc contenait « des choses intéressantes », mais aussi « certaines ambiguïtés » sur le commerce et les douanes qui s’apparentaient à du « picorage ». « Certains en Europe ont l’impression que le Royaume-Uni respectera les règles jusqu’à ce qu’il décide de ne plus le faire », a poursuivi le diplomate. « Ils parlent de faire des concessions, mais l’endroit idéal pour en faire, c’est lors des négociations ».

Selon les responsables britanniques, le livre blanc démontre une « évolution claire » de leur position, ce que l’UE ne veut pas rejeter d’un revers de la main. « Aucun autre accord de libre-échange ne propose ce que nous proposons ici », défend une source britannique au sujet des clauses de non-régression du livre blanc relatives aux aides d’État et aux normes en matière d’environnement et de travail, qui amélioreraient l’accès au marché pour les entreprises du Royaume-Uni.

Mais l’UE craint toujours d’être concurrencée par un pays moins réglementé. En outre, elle est également contrariée à l’idée de s’adapter aux Britanniques. « Le Brexit nous a été imposé, pas l’inverse », a par ailleurs rappelé un diplomate européen. « Nous n’allons pas changer l’identité et les principes de l’Union européenne sous prétexte que le Royaume-Uni nous quitte », a déclaré M. Barnier à la Chambre de commerce américano-européenne aux États-Unis cette semaine. « Nous devons protéger les frontières extérieures de l’UE afin de préserver l’intégrité de notre marché ».

Même le président américain Donald Trump s’en est pris au livre blanc, en ajoutant qu’il exclurait un accord commercial transatlantique. « S’ils signent un accord de ce genre, nous traiterons avec l’Union européenne plutôt qu’avec le Royaume-Uni, cela mettra donc certainement fin à l’accord », a précisé M. Trump dans un entretien au journal The Sun.

Les responsables britanniques maintiennent que leur zone de libre-échange et leurs douanes permettraient d’avoir une frontière pacifique avec l’Irlande, mais les Irlandais ne sont pas convaincus. L’UE insiste pour ajouter une solution de sécurité relative à la frontière dans le traité de retrait, quoi qu’il advienne à l’avenir. Mais les discussions à ce sujet sont toujours dans l’impasse avant un prochain tour de négociations prévu la semaine prochaine.

L’espoir est toutefois permis en ce qui concerne les services financiers. Selon le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis, le livre blanc a montré que le Royaume-Uni « cherchait une solution pragmatique et réaliste » avec ses propositions en faveur d’une sorte de régime d’équivalence renforcé. Le chancelier de l'Échiquier (ministre des Finances) britannique, Philip Hammond, a pour sa part déclaré que le Royaume-Uni avait choisi de « faire preuve de réalisme et de déposer une proposition que nous estimons parfaitement négociable, qui protégera la City, et que l’UE suivra ». Il semble également avoir accepté le fait que les entreprises de la City parviendront à contourner les nouvelles règles. « La City a toujours innové, elle évolue tout le temps, et elle innovera encore pour conserver sa position de leader mondial », a-t-il ajouté à Bruxelles vendredi.

Mais il reste un combat à mener dans le pays.

Le principal député d’arrière-ban, Jacob Rees-Mogg, a rejeté le livre blanc en le qualifiant de « plus grande vassalité depuis que le roi Jean a rendu hommage à Philippe II au Goulet en 1200 ». Theresa May a pris des risques pour faire avancer le texte aussi loin, perdant au passage son ministre en charge du Brexit, David Davis, et son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, en l’espace d’une semaine (voir EUROPE 12058). Même si le président du Conseil européen, Donald Tusk, estime que les démissions de Davis et Johnson pourraient mettre fin à « l’idée du Brexit », leur départ n’a cependant pas réduit les rangs de l’opposition.

L’UE a déclaré qu’elle avancera à condition que le Royaume-Uni avance. Le Brexit proposé dans le livre blanc est clairement insuffisant pour l’UE, mais le bloc devra assouplir sa position s’il souhaite avancer. (Version originale anglaise par Sarah Collins)

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