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Bulletin Quotidien Europe N° 12030
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / Avenir de l'ue

L'intégration politique de l'Europe est la seule façon d'affronter les défis globaux, affirme M. Bettel

Sans faire de proposition réellement novatrice, le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a défendu la position traditionnelle de son pays, favorable à une intégration politique de l'Union européenne, mercredi 30 mai, lors d'un débat sur l'avenir de l'UE marqué par la crise politique italienne. 

Accélérons notre démarche vers une Union plus forte, libre et « qui protège plus que jamais notre souveraineté dans un monde globalisé », a déclaré M. Bettel. À plusieurs reprises, ce pro-européen convaincu appartenant à la génération Erasmus a martelé la nécessité d'agir ensemble pour « trouver des solutions communes » aux grands défis du moment, que ce soit pour affronter le phénomène migratoire, la lutte contre les dérèglements climatiques, la défense des intérêts européens dans le différend commercial qui oppose l'UE aux États-Unis ou un contrôle accru des armes de destruction massive. Dans le domaine extérieur, il a prôné le maintien de l'aide à la coopération, premier poste budgétaire à subir les coupes, et il a défendu « les vertus du multilatéralisme ». 

Sur la question migratoire (voir autre nouvelle), « il ne faut pas tenter d'introduire un concept de solidarité souple qui aboutirait à un manque de solidarité réciproque », a prévenu le responsable luxembourgeois, regrettant « le refus de certains États membres de prendre leur part de solidarité » dans l'accueil de demandeurs d'asile. 

M. Bettel a plusieurs fois été critiqué pour la politique fiscale attractive de son pays, notamment par le Belge Philippe Lamberts (Verts/ALE) qui a accusé le Luxembourg de freiner sur le reporting public par pays ou l'harmonisation de l'assiette de l'impôt sur les sociétés (ACCIS). 

Le libéral luxembourgeois s'est inscrit en faux contre l'idée que le Luxembourg serait encore un paradis fiscal, en s'appuyant sur différents rapports de la Commission européenne et de l'OCDE. Il ne s'est pas opposé, par exemple, à ce que les plates-formes numériques comme les GAFA paient leur juste part d'impôt en Europe là où elles réalisent des profits. À la condition, toutefois, que les mesures prises ne grèvent pas la compétitivité européenne au profit du Royaume-Uni, une fois redevenu un pays tiers, ou de l'Asie, et que le marché unique numérique se concrétise véritablement. 

Qualifiant de « bonne base de discussion » les propositions de la Commission sur le cadre financier pluriannuel après 2020 (EUROPE 12013), M. Bettel a dit croire en « la valeur ajoutée » des fonds de cohésion de l'UE. Mais il a demandé plus de transparence dans leur gestion et a estimé que tout mécanisme liant l'octroi de fonds européens au respect de l'État de droit dans le pays bénéficiaire ne devait pas se tromper de cible en pénalisant les étudiants Erasmus ou les entreprises victimes des agissements d'un gouvernement contraires aux valeurs fondamentales de l'UE. 

Saluant le vote sur la directive 'travailleurs détachés' la veille au PE (EUROPE 12029), M. Bettel, dont le pays détient le PIB le plus élevé par habitant, a aussi plaidé pour « plus de convergence sociale vers le haut ». Il s'est prononcé par ailleurs pour un élargissement et un approfondissement de la zone euro, mais « sans précipitation » et en évitant de trop grands déséquilibres macro-économiques au sein de l'Union économique et monétaire (UEM). 

Laisser les Italiens décider de leur avenir

La crise politique en Italie liée à la difficulté de former un gouvernement représentatif des résultats électoraux a fait irruption dans le débat, au lendemain de déclarations du commissaire au Budget, Günther Oettinger, ayant provoqué l'ire des partis populistes vainqueurs des élections italiennes et ayant conduit à un rétropédalage inhabituel de la Commission européenne. 

Condamner les électeurs italiens pour leur vote ou les Britanniques pour les résultats du référendum sur le Brexit serait une « erreur », a estimé M. Bettel. Et d'ajouter : « Dire qu'ils se sont trompés » ou « ce qu'ils ont à faire », nous les leaders européens, la Commission, les eurodéputés, reviendrait à « les pousser encore plus vers le coin alors que ce serait vers le centre qu'il faudrait les rattraper ». 

M. Bettel a toutefois relevé que, depuis son arrivée au pouvoir, il a déjà traité avec quatre homologues italiens en 5 ans. 

Au nom du groupe S&D, la Portugaise Maria João Rodrigues a estimé que la crise italienne démontre la « fragilité » et les « défaillances graves » de l'édifice européen. Selon elle, l'Italie est en proie à « un sentiment d'asphyxie ». Elle ne peut être confrontée de force à un « dilemme impossible » où, d'un côté, elle devrait accepter « l'Europe telle qu'elle est et qui ne marche pas bien » ou, de l'autre, accepter de faire un pas vers « le précipice » qui serait une sortie de la zone euro et de l'UE. 

« Pouvons-nous compter sur vous pour être à la hauteur de la situation ? », a-t-elle interrogé, plaidant pour une UEM dotée d'un « pilier budgétaire » qui soutienne les investissements et la convergence socio-économique. 

Dans la même veine, le chef de file du groupe ADLE, le Belge Guy Verhofstadt, a noté que chaque crise politique dans un État important de la zone euro se transforme en crise pour toute la zone euro. « L'UEM est inachevée, disons-le ! L'euro est la seule monnaie au monde avec une autorité monétaire, mais sans autorité politique ni budgétaire », a-t-il souligné. 

Pour Hans-Olaf Henkel (CRE, allemand), le constat est tout autre. « Le patient européen est malade. (...) N'ayant pas entendu de diagnostic, je crains que le remède soit mauvais », a-t-il considéré. Selon lui, « il n'y a aucun pays en Europe qui ne souffre autant d'une monnaie uniforme que l'Italie », engluée dans un chômage de masse des jeunes et un endettement public abyssal, parce que l'euro est « trop fort » pour les entreprises italiennes alors que l'industrie allemande engrange des excédents commerciaux facilités par une monnaie trop faible pour elle. 

Ce n'est peut-être pas le cas au Luxembourg, « mais beaucoup d'États membres voient le fossé se creuser entre les nantis et les autres », a estimé Dennis de Jong (GUE/NGL, néerlandais), déçu par le discours « super-libéral » de M. Bettel. 

L'Italienne Laura Agea, élue du Movimento 5 Stelle vainqueur des élections législatives italiennes, a eu des mots très durs contre les leaders européens. Elle a fustigé « une manœuvre de palais bien orchestrée avec la complicité des puissants, des financiers » pour empêcher la formation d'un gouvernement soutenu par des partis plébiscités par 20 millions d'électeurs (EUROPE 12027). « C'est cela la démocratie ? Cela s'est produit avec la complicité de l'UE ! », a-t-elle lancé, fustigeant les déclarations du commissaire Oettinger. 

« Nous ne sommes pas les fossoyeurs de l'Europe, nous ne voulons pas détruire l'UE ni l'euro », a aussi souligné Mme Agea. L'avenir de l'UE est en danger, mais c'est « la faute de ce présent que vous avez construit ». « Où sont les euro-obligations, les transferts fiscaux entre pays excédentaires et les pays en difficulté ? Pourquoi avons-nous encore des paradis fiscaux en Europe ? », a-t-elle questionné, promettant un avenir qui respecte la volonté populaire de changer le présent. (Mathieu Bion)

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