La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a annoncé, lundi 28 mai, l’établissement d’un réseau de points de contact pour coordonner les actions européennes et nationales prises pour permettre la poursuite des activités commerciales et économiques avec l’Iran.
« Un certain nombre d’États membres ont mis sur la table des idées concrètes sur lesquelles ils travaillent (…) pour compléter les mesures concrètes que l’UE a commencé à mettre en place. Et un des résultats est la décision d’établir une sorte de réseau de points de contact de tous les États membres qui va nous aider à Bruxelles à coordonner non seulement les mesures européennes, mais aussi les mesures européennes ensemble et en coordination avec les mesures que chaque État membre va mettre en place », a-t-elle annoncé à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères'.
La Haute Représentante a précisé que l’objectif était d’agir « aussi vite que possible », en raison des pressions en Iran, mais aussi pour apporter de la certitude aux investisseurs européens. « Des mesures sérieuses dans une situation complexe et sérieuse demandent du temps », a-t-elle cependant expliqué, citant comme délai les « prochaines semaines ».
Et si la discussion des ministres a principalement porté sur les mesures à prendre pour préserver l’accord nucléaire et les engagements économiques, Mme Mogherini a estimé qu’il ne s’agissait pas d’un « intérêt économique, mais d’un intérêt sécuritaire pour l’UE ». « En l’absence de l’accord, nous croyons que la sécurité de la région et de l’Europe serait en jeu », a-t-elle précisé.
Mais la bonne volonté européenne ne cache pas la difficulté de prendre des mesures efficaces, en raison de l’extraterritorialité des sanctions américaines. « Il est très important de pouvoir prouver notre capacité à mettre en œuvre l’accord. (…) Ce n’est pas facile, car nous connaissons la situation avec les actions extraterritoriales des Américains, mais nous allons essayer de travailler en bonne collaboration avec l’Iran », a expliqué le ministre belge Didier Reynders, alors que le Luxembourgeois Jean Asselborn a résumé à EUROPE la situation par un « c’est vraiment compliqué ».
Poursuivre les discussions avec l'Iran
Vendredi 25 mai, réunis au sein de la Commission mixte, les représentants allemands, britanniques, français, chinois, russes et iraniens avaient eux aussi discuté des conséquences du retrait unilatéral des États-Unis, notamment des sanctions. Selon le communiqué du Service européen pour l’action extérieure, les participants ont discuté des efforts communs en vue de trouver des solutions pratiques sur les différents domaines d’actions agréés entre l’UE, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Iran le 15 mai (EUROPE 12021). « Ces efforts visent à préserver les intérêts des entreprises et des investisseurs engagés avec l'Iran », a précisé le SEAE, ajoutant : « les opérateurs économiques poursuivant des affaires légitimes avec l'Iran agissent de bonne foi sur la base des engagements contenus dans le JCPOA » et approuvés à l'unanimité par une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Les parties ont décidé « d'approfondir leur dialogue à tous les niveaux, y compris au niveau des experts en vue de trouver des solutions pratiques » pour faire face à l'extraterritorialité des mesures américaines, et d'intensifier leurs travaux en cours au sein de la Commission mixte et de tous ses organes sous la forme de E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni) +2 (Chine et Russie) et Iran, en particulier le groupe de travail sur la mise en œuvre de la levée des sanctions. (Camille-Cerise Gessant avec Aminata Niang)